
Le cas de la crĂ©ature nommĂ©e Kalanoro de Madagascar est assez singulier. Son nom est bien connu parmi les amateurs dâĂ©nigmes animales, en tant que primate bipĂšde, et un tantinet agressif. Mais sur ce terrain, le dossier est assez mince. Peu de tĂ©moignages, pas dâempreinte, pas de photo floue. Peu d’articles pertinents, hormis celui-ci.
  Le Kalanoro se dĂ©ploie tout simplement ailleurs. Il  est en fait un digne reprĂ©sentant du petit peuple sur cette Ăźle, un « lutin malgache » dont le rĂŽle dans la mĂ©decine et la religion traditionnelle, est absolument central, aujourdâhui encore. Le Kalanoro est bien vivant, dans son contexte culturel il reprĂ©sente lâĂ©quivalent local du lutin de nos contes de fĂ©es dâantan. Le dossier du Kalanoro, sur ce terrain est trĂšs Ă©pais.

L’Ăźle de Madagascar est situĂ©e dans l’ocĂ©an Indien, prĂšs de la cĂŽte est de l’Afrique et l’Ăźle est la quatriĂšme plus grande du monde.



La plupart des Malgaches, vit dans les hautes terres et autour d’Antananarivo, la capitale. MalgrĂ© lâaccroissement de la population une grande partie de lâintĂ©rieur de lâĂźle est dĂ©pourvue dâactivitĂ©s et de contacts humains. Il sâagit dâune forĂȘt pluviale immense qui est restĂ©e intacte pendant de nombreux siĂšcles.
La population de Madagascar est composĂ©e de 18 groupes ethniques, et peut ĂȘtre classĂ©e comme lâaboutissement dâun mĂ©tissage poussĂ© entre les premiers occupants AustronĂ©siens et Africains, et dans une certaine mesure avec des Arabes. GĂ©nĂ©tiquement parlant, le mĂ©tissage est trĂšs vigoureux, sauf parmi les populations des Hautes Terres, oĂč lâendogamie a prĂ©servĂ© le phĂ©notype indonĂ©sien. Bien que statistiquement 50% des Malgaches soient chrĂ©tiens, une partie des gens vit encore selon les anciennes traditions, et la croyance religieuse aux « esprits ».


A Madagascar, les personnes adeptes du culte ancestral reconnaissent lâexistence dâune divinitĂ© supĂ©rieure, crĂ©atrice du monde, appelĂ©e Zañahary. Ce dieu est considĂ©rĂ© comme trop lointain, ainsi les demandes sont adressĂ©es aux esprits plus proches que sont les ancĂȘtres, mais attention pas nâimporte lesquels. Il sâagita dâabord des esprits royaux et princiers, (car il y avait Ă Madagascar des rois et des reines depuis le 16Ăšme siĂšcle, jusquâĂ la colonisation en 1897) ainsi que ceux de certains notables qui ont jouĂ© un rĂŽle plus ou moins important Ă leur Ă©poque et se voient ensuite attribuer le titre de saints. Selon cette croyance lorsque les peuples autochtones meurent, leurs esprits rĂ©sident dans de nombreux endroits, que ce soit sur le sol, sur la pierre ou dans le tronc. Ainsi, les indigĂšnes du passĂ© protĂšgent encore la patrie et bĂ©nissent leurs descendants.
Les vazimba dĂ©signent une catĂ©gorie d’esprits intermĂ©diaires devenus des divinitĂ©s, bienfaiteurs ou malveillants selon les reprĂ©sentations populaires. Vazimba signifie « ceux de la forĂȘt » en proto-Barito du Sud-Est, une ancienne langue austronĂ©sienne qui regroupe le malgache et des langues parlĂ©e par des peuples Dayaks du bord du fleuve Barito Ă BornĂ©o.
Les croyances populaires dĂ©finissent les vazimba comme Ă©tant des personnages secrets ayant vĂ©cu dans les Hauts plateaux Ă une Ă©poque trĂšs lointaine. Ils suscitaient chez les Malgaches aussi bien de la crainte que du respect. Le vazimba est dĂ©crit comme de petite taille, Ă la peau cuivrĂ©e, au visage allongĂ©, aux lĂšvres larges et pendantes cachant de trĂšs longues dents, auxquels sâajoute un front comprimĂ©. Le tout rĂ©uni lui donne un aspect trĂšs laid et rĂ©pugnant jusquâĂ inspirer une peur viscĂ©rale.

Les Merina, habitants de la rĂ©gion autour de Tananarive, sur les Hautes Terres centrales, les craignent : les lieux susceptibles dâen abriter sont respectĂ©s par lâobservance de certains rites comme lâinvocation, ou la remise dâoffrande. Ainsi, actuellement, les endroits dits « oĂč il y a un vazimba » sont sacrĂ©s : les riviĂšres, les lacs, les bois, les tumulus, les grottes, des rĂ©gions entiĂšres, etc. Ces places sont rĂ©putĂ©s interdit de porc, mort ou vivant, dâoignon, dâalcool, et de gros mots et il est interdit dâavoir un acte sexuel complet Ces petits hommes vazimba Ă©vitaient, paraĂźt-il, tout objet ayant contact avec le sel. On affirme que leur niveau de culture Ă©tait assez limitĂ©. Ils Ă©taient, semble-t-il, loin de maĂźtriser la mĂ©tallurgie et auraient fabriquĂ© des armes avec de l’argile et des roseaux.
Leur disparition, lâabsence de documents et de tradition orale assez fiable Ă leur sujet ainsi que lâimagination humaine a fait de ce peuple de vĂ©ritables divinitĂ©s anonymes.

Pourtant il est Ă©tabli que les vazimbas ont rĂ©ellement existĂ©, ils sont les premiers habitants de lâImerina, l’intĂ©rieur de l’Ăźle de Madagascar. Les vazimba ont donnĂ© leur nom Ă une pĂ©riode de l’histoire malgache qui prend fin au dĂ©but du XVIe siĂšcle. Ils sont en rĂ©alitĂ© probablement les descendants des premiers pionniers austronĂ©siens ayant dĂ©barquĂ©s Ă Madagascar au dĂ©but de notre Ăšre aux environ de l’an 1. LâĂ©tat actuel des recherches scientifiques confirment Ă ce jour une prĂ©sence humaine Ă Madagascar au moins cinq siĂšcles avant J.-C. Les conflits territoriaux entre les vazimbas et les hova, arrivĂ©s ultĂ©rieurement dans l’Ăźle, aboutirent Ă la domination relative des territoires par les hova, caractĂ©risĂ©s par leur ingĂ©niositĂ© et leur organisation. Les vazimbas se sont probablement fondus dans la population et il est devenu impossible de dĂ©terminer leurs traits originels en dehors des rĂ©cits lĂ©gendaires. Classiquement, les vazimbas, chasseurs cueilleurs vivant dans les forĂȘts, Ă©taient considĂ©rĂ©s comme des hommes sauvages par les habitants des plaines cĂŽtiĂšres, Ă©leveurs et cultivateurs.
Les femmes vazimba, eu Ă©gard Ă leurs longs cheveux, sont souvent confondues avec les nains magiques-Kalanoro et les sirĂšnes-Zazavavindrano. Vazimbas et Kalanoro sont souvent associĂ©s mais malgrĂ© leurs points communs, ils sont en thĂ©orie bien distincts : les vazimbas sont des esprits civilisĂ©s, humains, et donc considĂ©rĂ©s comme » positifs », les Kalanoro sont des esprits sauvages, quâil faut apprivoiser, vus Ă priori comme » nĂ©gatifs ».
Dans Les Angano, les contes et lĂ©gendes malgaches, on trouve de nombreuses crĂ©atures fantastiques formant les esprits de la nature /Manankasina. Par exemple, les bibiolona qui Ă©quivaux aux centaures, les esprits des eaux ou lolonâdrano, (lac, riviĂšre, ruisseau, cascadeâŠ), dont les zazavavindrano, « fillesâdesâeaux » (ondines), et les andriambavirano, ou encore les lolo vokatra/morts vivants ou zombies. Mais le plus important est le Kalanoro.
Le mot Kalanoro repose sur le sanskrit kala, « noir, bleu-noir », et lâarabe nĆ«r, « lumiĂšre » littĂ©ralement, Kalanoro serait la noireâlumineuse ». Mais ce nâest pas aussi simple quâil nây paraĂźt.
Il semble que le mot kala ait subi un glissement sĂ©mantique important en Imerina. En effet, actuellement, personne ne le met en rapport avec une couleur ; kala, mot quotidien en Imerina, signifie dĂ©sormais fille, par opposition Ă koto, sobriquet pour un garçon. Etymologiquement, Kalanoro câest « la fille qui sâappelle Noro » et Noro qui se lit comme Nour est peut-ĂȘtre liĂ© Ă ce prĂ©nom arabe masculin qui veut dire « lumiĂšre.

Le Kalanoro est une crĂ©ature de la forĂȘt. Jamais on ne la voit, mais tout le monde en parle.
Les rĂ©cits concernant les Kalanoro rapportent gĂ©nĂ©ralement quâils sont des ĂȘtres discrets, voire invidsibles, qui vivent en forĂȘt, sous les rochers, Ă proximitĂ© de lâeau ou dans des lieux isolĂ©s. Le Kalanoro est un humanoĂŻde, de trĂšs petite taille, particuliĂšrement petit, ne mesurant mĂȘme pas un mĂštre. MalgrĂ© sa petite taille, ils est exceptionnellement fort, son corps recouvert par la chevelure et velu, leur pilositĂ© leur confĂšre de grandes capacitĂ©s magiques, les mĂąles ont une grande barbe. Leurs mains sont courbĂ©es, tous ont aux pieds et aux mains des ongles crochus avec lesquels ils se dĂ©fendent, griffant griĂšvement ceux qui veulent les prendre Il n’y aurait que trois orteils sur leurs pieds, pointĂ©s vers l’arriĂšre. DâaprĂšs lâhistoire, les pieds dâun Kalanoro sont Ă lâenvers, pour leur permettre de semer ses poursuivants. En effet, ces petites crĂ©atures sont souvent pourchassĂ©es, car elles procurent la richesse Ă leur propriĂ©taire.
En gĂ©nĂ©ral, et mĂȘme si les descriptions varient selon les rĂ©gions, on les dĂ©crit avec des yeux rouges sinistres, parfois avec une bosse dans le dos. A la fois, considĂ©rĂ© comme un esprit bienfaiteur et un esprit malin, le Kalanoro aurait une voix de vieillarde au nez pincĂ©.
Les Kalanoro, contractent des mariages entre eux et ont des enfants. Selon certains, ils se nourrissent de lait, pour dâautres, de miel, de crabes crus ou dâanimaux et dâinsectes. Leurs rapports avec les humains dĂ©pendent de leur volontĂ© et de leur amitiĂ© ils peuvent ainsi se rendre visibles quand ils veulent offrir leur affection Ă un humain. Les Ă©crits rapportent surtout quâils sont de « savants mĂ©decins », quâils « savent la vertu de toutes sortes dâherbes, dâarbres, de pierres, et toutes choses propres Ă la guĂ©rison des maladies, savent les choses futures, et en avertissent les hommes et femmes quâils affectionnent, connaissent oĂč il y a des mines dâor, de fer, dâacier et autres minĂ©raux. Ils sont Ă©galement dĂ©finis comme des « puissants ĂȘtres invisibles » mais peuvent apparaĂźtre en rĂȘve comme de petits hommes aux cheveux touffus.

Ils enseignent lĂ oĂč il y a du miel Ă leurs amis, et mĂȘme leur en amassent pour leur donner. Les Kalanoro sont capables de donner la vie Ă ceux qui demandent un enfant . « parfois visibles sous la forme de petits ĂȘtres noirs » ; ils sont considĂ©rĂ©s comme les maĂźtres du sel, de lâeau, du miel et des plantes ainsi que de certains animaux (crocodiles, serpents, anguilles) .
Le terme dâ Angalampona, dâorigine betsimisaraka, dĂ©signe les Kalanoro des autres rĂ©gions de lâĂźle Ă©loignĂ©es des hautes terres centrales. Ce sont des gnomes de Ia forĂȘt, dâaspect humain, noirs, velus, Ă la voix faible, tous semblables dâaspect. Ils vivent deux par deux, se nourrissent de crabes, dâĂ©crevisses et se reposent sur des cocons de soie. Leur cri : kou kou, houlou, rappelle celui du torotoroka, la chouette malgache (Otus madagascariensis). Quand on imite son cri, Angalampona se venge en jetant des pierres sur le toit, en Ă©branlant la case, et surtout en Ă©teignant le foyer dont il disperse les tisons. Il sâintroduit la nuit clans les cases isolĂ©es pour se chauffer Ă la flamme du foyer et pour marauder des bribes de nourriture, mais jamais du porc ou du sanglier. La force des Angalanipona serait, dit-on, considĂ©rable, et bien quâils ne soient pas mĂ©chants, leur rencontre serait de mauvais augure.
Comme ces crĂ©atures mythiques sont connues pour ne sortir que la nuit, certains disent que ces Kalanoro profitent de lâobscuritĂ© pour sâintroduire dans les cases des villageois. Ils se servent en nourriture puis repartent dans la forĂȘt. Il faut toujours les laisser sâen aller sous peine de subir un supplice. La croyance malgache leur attribue la disparition dâenfants qu’ils emportent dans leur taniĂšre et obligent Ă manger. Si lâenfant mange ce quâils leur offrent, les Kalanoro le gardent avec eux et considĂšrent lâenfant comme Ă©tant lâun des leurs. Pour rĂ©cupĂ©rer les enfants, les parents doivent faire certaines choses ou les offrir aux esprits de la forĂȘt, par exemple du riz ou du rhum. ( article)
Cette offrande est alors apportĂ©e aux Kalanoro par l’intermĂ©diaire d’un mĂ©dium, nommĂ© Ă Madagascar Mpitaiza. Le mĂ©dium peut ĂȘtre un homme ou une femme, dans lequel l’esprit des Kalanoro s’introduit pour prendre le contrĂŽle. D’une voix aiguĂ« et enfantine, le mĂ©dium parle alors comme les Kalanoro et transmet leurs exigences. Si les parents ont accĂ©dĂ© aux souhaits des Kalanoro, ils rĂ©cupĂšrent leurs enfants, gĂ©nĂ©ralement dans une grotte. Plusieurs de ces incidents se seraient produits dans la grotte d’Andoboara, dans le parc national d’Ankarana. Le professeur Joe Hobbs du dĂ©partement de gĂ©ographie de lâuniversitĂ© du Missouri-Columbia, les a Ă©tudiĂ©s alors quâil Ă©tait avec les tribus locales dans la rĂ©serve spĂ©ciale dâAnkarana, Ă Madagascar. Le 15 mai 2000, Hobbs a dĂ©crit la façon dont les habitants du village dâAmbalakedi considĂšrent la grotte dâAndoboara comme « sacrĂ©e parce quâĂ trois reprises, la derniĂšre fois il y a seulement deux ans, des parents accablĂ©s de chagrin dont les enfants sâĂ©taient Ă©garĂ©s dans la forĂȘt les ont rĂ©cupĂ©rĂ©s vivants ici » aprĂšs que de la nourriture ait Ă©tĂ© laissĂ©e aux Kalanoro en Ă©change du retour de leurs enfants.

Certains membres de lâĂ©thnie Betsileo croient que les Kalanoro volent les nourrissons et les remplacent par leurs semblables, ou jettent des malĂ©dictions sur les enfants pour arrĂȘter leur croissance. En consĂ©quence, les personnes de petite taille sont souvent appelĂ©es « enfants des Kalanoro ».
Si on arrive Ă en attraper un, le Kalanoro est un gĂ©nie malin, un croisement entre le gĂ©nie de la lampe et un gremlin. Il exauce tous les vĆux de son propriĂ©taire ou bien il lui ramĂšne de lâor, des pierres prĂ©cieuses ou du mercure. En revanche, il ne doit jamais ĂȘtre vu par une autre personne que son propriĂ©taire. Il dictera aussi les autres fady (interdits) Ă son propriĂ©taire ainsi que ses dĂ©sidĂ©ratas qui, dit-on, iraient du miel jusquâau sacrifice humain. Aujourdâhui, dĂšs quâun malgache rĂ©ussit, trĂšs vite, la rumeur va dire quâil Ă©lĂšve un Kalanoro chez lui. Sur ce fil de discussion, une jeune femme soupçonne son pĂšre d’une relation avec une crĂ©ature kalanoro car il a pris l’habitude de se rendre souvent dans la forĂȘt avec des provisions.
Selon les croyances des ethnies Betsimisaraka , Sakalava et Bara, les Kalanoro seraient des ĂȘtres primitifs semblables aux lĂ©gendaires vazimba. Les Tanala les appellent Fahasivy et supposent qu’ils vivent cachĂ©s au plus profond de la forĂȘt, Ă lâabri des regards indiscrets de lâhomme. Mais selon les Antankarana et les Tsimihety, ils vivent dans des grottes dissĂ©minĂ©es dans toute lâĂźle. Exemple de tĂ©moignage rĂ©cent par un producteur de cafĂ© en forĂȘt de Tanala :
Habitant dans un endroit isolĂ©, il a Ă©tĂ© rĂ©veillĂ© une nuit par l’aboiement de ses chiens et au moment oĂč il parvenait devant sa vĂ©randa, il aperçut des ombres d’hommes de petites tailles s’enfuirent de chez lui…il en conclut que c’Ă©taient des malgaches habitant des grottes en forĂȘt de Tanala qui n’avaient aucun contact avec la population locale vivant en autarcie mais qui Ă©taient venus ce soir chez lui, affamĂ©s, Ă la recherche de nourritures facile. il assure que de telles communautĂ©s vivaient encore dans ces grottes isolĂ©es de cette forĂȘt….

DâaprĂšs les traditions orales de Madagascar, les Kalanoro sont donc liĂ©s aux devins malgaches, communĂ©ment appelĂ© Mpitaiza dans le dialecte local. Lorsque les Kalanoro Ćuvrent avec les Mpitaiza, ces derniers en retirent des pouvoirs de guĂ©rison. Les guĂ©risseurs tromba, ceux qui pratiquent la possession par les esprits, s’associent avec des Kalanoro, qu’eux seuls peuvent voir et qui connaissent les plantes qui soignent et peuvent faire des diagnostics. Cette association avec un et ou une kalanoro est pour le client du Mpitaiza guĂ©risseur, une garantie d’efficacitĂ©. Davantage d’une union, et la dimension sentimentale voire charnelle de cette relation de couple entre le guĂ©risseur et la crĂ©ature joue un rĂŽle en arriĂšre-plan, comme on peut le voir Ă travers le conte Le jeune guĂ©risseur et la sainte kalanoro.
Les guĂ©risseurs-kalanoros sont les plus rares et les plus chers des mĂ©diums malgaches et ils ne sont sollicitĂ©s qu’en dernier recours, lorsque tout a Ă©chouĂ©, ou lorsque le problĂšme survient d’une offense faites Ă une esprit de la nature ou bien qu’un tabou traditionnel ( fady) a Ă©tĂ© enfreint. L’association avec le kalanoro est donc non seulement revendiquĂ©e, mais en plus le guĂ©risseur peut organiser une rencontre physique entre le client et le kalanoro qui va le guĂ©rir. ( plus ici)
Mais le client nâest pas autorisĂ© Ă voir un Kalanoro lorsquâil possĂšde un mĂ©dium. Au lieu de cela, pendant la consultation, le mĂ©dium est assis derriĂšre un rideau blanc dans une piĂšce obscure, ou une grotte. Selon certains tĂ©moignages, lorsque le Kalanoro arrive, on lâentend marcher et frapper au plafond et aux murs de la maison, sa parole est rapide, saccadĂ©e et aigue, de sorte quâil est difficile Ă comprendre. Il est tabou dâavoir un chien prĂ©sent pendant une sĂ©ance avec un Kalanoro, car les chiens peuvent les voir.


Dans ce tĂ©moignage, un homme consulte un guĂ©risseur tromba pour guĂ©rir une petite vĂ©role. Pour faciliter Ă lâesprit son apparition, on fit dans la case une sĂ©paration avec un tissu et on attendit en « servani » (chants, invocations). Enfin on entendit du bruit sur le toit, lâesprit descendit. On lui donna Ă manger, Ă boire, on entendit sa voix Ă©trange ; il indiqua, dâune maniĂšre bourrue, des remĂšdes Ă chercher dans la forĂȘt (plantes et racines), il se plaignit quâon lâeĂ»t dĂ©rangĂ© pour si peu et disparut.
Il est aisĂ© de considĂ©rer ces consultations auprĂšs d’un kalanoro comme des affabulations. Dans une mise en scĂšne qui peut rapprocher Ă celle de l ‘Oracle de Delphes, combien de fois, des escrocs ont-ils abusĂ© de pauvres gens en se cachant derriĂšre un lambahoany (tissu) et en dictant des idioties et des demandes de paiement dâargent en se pinçant le nez ? ( comme sur cette vidĂ©o ?)
Pour conclure, on ne peut qu’ĂȘtre Ă©tonnĂ© de la place Ă©norme donnĂ©e au kalanoro dans la culture populaire malgache aujourd’hui encore. Pour certains, le kalanoro dĂ©signe une tribu cachĂ©e, issue des mythiques vazimbas des origines. Un hominidĂ©, une espĂšce humaine proche de lâ homme de FlorĂšs, qui aurait peuplĂ© la rĂ©gion du Betsileo avant lâarrivĂ© des sapiens sapiens qui vivrait dans l’ombre des forĂȘts des grottes. Pour d’autres c’est un nain magique, un lutin traditionnel local aux pouvoirs de guĂ©rison tĂ©lĂ©pathiques.
Pour d’autres encore, le kalanoro serait tout simplement un espĂšce animale locale. Car Madagascar, c’est un fait que nous n’ allions pas Ă©luder, abrite Ă©galement une espĂšce de primate unique : le lĂ©murien. Ces animaux arboricoles et nocturnes sont petits et sont souvent entendus plutĂŽt que vus. Les lĂ©muriens ont Ă©tĂ© dĂ©couverts pour la premiĂšre fois au 17e siĂšcle. Or, ce nâest que dans les annĂ©es 1950 et 1960 que les primates ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©s. De plus, depuis lors, prĂšs de 100 espĂšces ont Ă©tĂ© dĂ©couvertes, dont certaines dans les annĂ©es 1990.
Bien quâils ressemblent plus Ă des ratons laveurs quâĂ des primates, ils ont des ongles au lieu de griffes, ils peuvent marcher sur deux pattes Ă la fois et utiliser des outils. Cependant, contrairement Ă la plupart des primates, certaines espĂšces ont de grands yeux et des nez humides. Et certaines espĂšces, qui ont vĂ©cu jusqu’Ă il y a – 2000 ans, Ă©taient parfois aussi volumineux que des gorilles . Enfin, certains croient que Kalanoro est un lĂ©murien nocturne proche de lâAye Aye (photo) ou lâAye Aye lui-mĂȘme dont la morphologie est tellement horripilante quâil doit faire trĂšs peur la nuit.


FIN
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Bravo….. vraiment interessant comme tous vos recits….
nous sommes toujours en demande….
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Scientists believe the kalanoro is a folk memory of the sloth lemur: lemurs were believed to be stupid creatures but recently have been shown to be advanced memory and thus learning abilities. I would suppose perhaps we can assume lemur intellect is that of the Old and New World monkeys (but below that of baboons and relatives and the capuchins), and it is possible kalanoros imitate human speech. Given teh shamanistic tradition it is possible the Malagasy peoples never realized the kalanoro became extinct, but it has to be said Queen Ranavalona of the Malagasy Kingdom threw her enemies (including her new husbands), into a canyon of jagged rocks home to the kalanoro, this canyon never being explored. Since the sloth lemur became extinct in the 15th century, despite humans arriving in 600 BCE and presumably earlier (i.e. first the Negritoes, followed by Pygmy relatives related to the Hadza – possibly related to the Vendaoids?), and no doubt Madagascar always been known to fishermen and traders since it was just off the coast. The other creatures described to not appear to be Kalanoro, but seem to be folk memories of these peoples, and they possibly still exist as the lower strata of Malagasy society but were not investigated by the French Republic.
The intermediate spirits remind one of demigods such as nymphs (which were worshipped but were not immortal), and many peoples were supposed to be descended from the gods (Adam is called God’s son). Indeed, the elves of Germanic mythology appear to have been spirits of whitewater (since the Norse »alfr » refers to « whitewater » and appears to be related to the Norse « baldr » and the Anglic « pale »), despite seemingly being a folk memory of pre-Germanic people who lived to the east of Mannheim (meaning they were proto-Laplandic people who split off from the Dene-Caucasians after both split off from the Nostratics, hence the vague claim the elves lived in the east). This could mean these Malagasy « spirits » actually existed albeit not being Austronesian (since all Malagasy are Austronesian) but presumably Pygmies (indeed the Pygmies of central Africa are supposed to have magical powers and were considered animals like chimpanzees, which is why the Niger-Congo peoples enslaved the Pygmies).
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Merci beaucoup pour votre commentaire, concernant le peuplement de Madagascar, selon l ‘archĂ©ologue malgache Tanambelo Rasolondrainyla : « la proximitĂ© â 400 km â de Madagascar avec lâAfrique continentale, berceau de lâhumanitĂ© rend probable une toute premiĂšre occupation par une population africaine. Les premiĂšres indications de la prĂ©sence humaine Ă Madagascar incluent des os modifiĂ©s â identifiĂ©s comme portant des marques de coupe et de boucherie â dâoiseaux Ă©lĂ©phants datĂ©s dâenviron 8 000 ans avant notre Ăšre du site de Christmas River dans le centre-sud de Madagascar, des hippopotames nains datĂ©s de 2000 Ă 1 400 ans avant notre Ăšre de la grotte dâAnjohibe au nord-ouest, et de 30 ans avant notre Ăšre Ă 440 de notre Ăšre Ă Lambohara et Ambolisatra dans le sud-ouest, et des lĂ©muriens gĂ©ants datĂ©s du quatriĂšme siĂšcle avant notre Ăšre du site de Taolambiby, dans le sud-ouest. Ces Ă©vidences suggĂšrent que les auteurs de ces modifications, traces de coupe et de boucherie, Ă©taient des chasseurs-cueilleurs, câest-Ă -dire quâils Ă©taient plus rapprochĂ©s des Africains subsahariens que des navigateurs austronĂ©siens ou arabes. » Il me semble avoir lu la prééminence de gĂšnes bantous chez les malgaches, alors que la langue elle est clairement asiatique.
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