Un Big Cat à Disneyland Paris

Plusieurs épisodes récents survenus en France et en lien avec le thème des félins mystérieux, ces Alien Big Cats remarquablement bien étudiés par nos amis anglophones, nous ont donné envie de revenir quelques années en arrière, sur une affaire savoureuse, surnommée en son temps  » le tigre de Disneyland Paris ».

Pour le grand public, tout commence quand tombe cette dépêche d’une agence de presse :

Chasse au tigre à proximité de Disneyland Paris : Montévrain, France | AFP | jeudi 13/11/2014 – La police, les pompiers et même un chien spécialisé dans la chasse à l’ours traquaient jeudi un tigre en liberté dans une ville à 40 km à l’est de Paris, où les habitants ont été invités à rester chez eux et les enfants confinés à l’école.

« Depuis ce matin, on court après, des policiers essaient de l’intercepter », a relaté une source policière à l’AFP. Un périmètre de sécurité de la taille de quatre ou cinq terrains de football a été mis en place tout autour d’un espace boisé à la limite entre Montévrain et la commune voisine de Chessy, en Seine-et-Marne. (…)

Montévrain est aussi à deux pas de Disneyland Paris, mais la fuite du tigre n’a a priori pas de rapport avec le parc d’attraction, de source proche de l’enquête.

A 40km à l ‘est du centre de Paris, cette région était encore peu développée avant que Disney ne s’y installe en1992. Depuis la population a triplé, mais la densité de l ‘urbanisme reste faible.

Il est 8h30, losque Julie Berdeaux coupe le contact du véhicule qu’elle vient de stationner sur le parking de l’Intermarché de Montévrain. Elle vient travailler, car elle et son époux sont les directeurs du magasin. Ce matin, elle ne saurait expliquer pourquoi, mais elle n’est pas pressée de sortir de sa voiture. Comme un présentiment. Sur la butte herbeuse qui entoure le vaste entrepôt peinturluré, dénommé également supermarché, niché au centre d’une zone commerciale sans âme ( jusque là), quelque chose attire son regard.

Jean-Baptiste, son mari, raconte : Elle a vu un animal à la démarche résolument féline se déplacer sur le terrain vague qui se trouve à côté du supermarché. Elle a d’abord cru qu’il s’agissait d’un gros chat ou d’un lynx, puis en zoomant la photo qu’elle venait de prendre avec son téléphone, elle a compris que c’était autre chose. Apeurée, elle s’est enfermée dans sa voiture et m’a appelé pour que je vienne la chercher sur le parking. Une fois dans le magasin, nous avons montré les photos à des policiers qui étaient en train de faire leurs courses. Et c’est à ce moment-là que la traque a commencé. 

A ce stade de l’affaire, même si le témoin déclare avoir eu peur pour sa vie, seuls les termes de chat ou de lynx été employés pour décrire l ‘animal. A la vue des images prises par Julie Berdeaux, on comprends en effet pourquoi, l ‘animal en question semble être d’une taille finalement plutôt modeste.

Pourtant l ‘affaire va prendre très vite une autre tournure, cette fois ci, très …humaine, comme on peut le lire dans cet article du journal La Croix.

« Ce jour-là, les services techniques nous ont appelés en nous disant :”On a un tigre”, se rappelle Clément Joly, responsable de la communication de la petite ville. On croyait d’abord à une blague. Mais la police nous a ensuite appelés pour nous prévenir. »

Quelques heures plus tard les premiers camions de diffusion satellite des chaînes d’informations en continu débarquent à Montévrain. « Nous avons gagné 500 Like sur notre page Facebook en quelques minutes seulement. Cette panthère, c’est du pain bénit. J’aurais voulu monter cette opération, je n’aurais pas fait mieux, indique Clément Joly. J’ai répondu en direct à la BBC, à une chaîne de radio australienne. J’ai vécu mon quart d’heure de gloire, à la Andy Warhol ! »

Il ne s’agissait pas que d’un emballement médiatique, il régna pendant quelques heures, comme un air de panique sur le parking du supermarché de Montévrain, comme si ( un petit) Godzilla avait surgi, déclenchant une intervention qui, dans la réalité fut peut-être légèrement surdimensionnée.

Le jour même, en quelques heures – la proximité avec Disneyland, première destination touristique d’Europe y est-elle pour quelque chose ? ou est-ce parce-que ce même matin d’autres témoins, dont des joueurs en pleine partie de tennis se sont manifestés auprès des autorités pour signaler  » le tigre », des moyens importants sont dépêchés sur place. Une centaine d’hommes mène des battues sur le petit bois qui surplombe le supermarché, dont des pompiers munis d’armes paralysantes, et un hélicoptère tournoi autour de la zone. Un chien d’ours de Carélie, canidé spécialisé dans la chasse à l’ours et au gros gibier, est également été lancé sur les traces du tigre, une bête dont le poids est estimé à 70 kg, précise alors le maire de Montévrain, Christian Robache. Des caméras thermiques doivent permettre de le localiser, pour le capturer, de préférence sans le tuer.

Hélas, ou par bonheur, cette chasse est restée infructueuse, le mystérieux félin s’est pour ainsi dire évaporé et n’a plus jamais refait parlé de lui. Le tigre de Disneyland Paris rejoint une longue liste de félin mystérieux à la présence fantomatique.

Il y eut d’abord la fuite éperdue de Billy le Puma en 1962, qui s’échappa d’un enclos et fut pourchassé pendant trois jours. Depuis de nombreux autres félins se sont signalés. Peuvent être cités dans cette longue liste, un « Puma de l’Esterel » en 1983, un « tigre de la Drôme » en 1988 , une « panthère noire provençale » entre 2005 et 2013, une autre « panthère du Pas de calais » en 2006, le « puma de la forêt de Fontainebleau » en 2007, un « tigre » signalé près de Bordeaux en 2010,  un « grand félin » supposément aperçu dans l ‘Hérault en 2013. 

Billy le Puma, échappé d’un cirque sur une île de la côte atlantique en 1962, sa capture fut filmée pour les actualités

Le puma observé par des promeneurs en forêt de Fontainebleau en 2007, était en fait bien réel, il fut capturé en secret et rendu à son propriétaire tout aussi discrètement. ( la photo de ce journal n ‘est qu’une illustration)

Michel Meurger, ethnologue et essayiste se passionne pour ce sujet, il est auteur de   Félins exotiques dans le légendaire français  : « partout dans le monde, les apparitions de félins mystérieux se déroulent de la même façon : Des témoignages dignes de foi et nombreux, l’absence totale d’animal sauvage évadé de zoo ou de cirque,  des photographies de qualité diverses, des empreintes de gros prédateurs relevées puis rapidement contestées, des moyens massif mis en œuvre et aucun résultat, jamais aucune capture. Puis tout cela est oublié jusqu’à la prochaine apparition mystérieuse » 

Quelle identité zoologique se cache derrière le tigre de Disneyland Paris ? De quel animal peut-il s’agir réellement ?

L’hypothèse d’un canular fut écartée comme celle d’un gros chat. L’analyse des traces de pattes sur place confirme qu’il s’agirait d’un jeune félin d’1 an-1 an et demi, d’environ 70-80 kilos selon les experts du Parc animalier à proximité. Pour d’autres experts il s’agissait simplement d’un chien.

Traces de lynx boréal

Si on met de côté, l’hypothèse d’un félin exotique, échappé d’un domicile privé, ( un cirque stationnait sur le parking du supermarché la semaine précédente l’incident, mais ne possédait pas ce type d’animaux, et, les effectifs de tous les zoo et parcs animaliers de la région étaient alors au complet), on en revient aux déclaration de Julie Berdeaux au moment de son observation : un ( gros) chat, un lynx. Selon elle, après avoir visionné les photos sur son téléphone elle s’est rangée à l ‘idée que cela devait être quelque chose de plus gros. Mais était-elle consciente de la taille réelle d’un lynx ?

Le Lynx Boréal, (Lynx Lynx), était le plus imposant félin, et un des plus gros prédateurs de notre pays, se nourrissant  de chevreuils sa proie favorite. Mais il fut -officiellement- complétement exterminé en France au 19ème siècle, ne subsistant qu’en Suisse. Dans les années 1980-90 une quinzaine de programmes de réintroduction ont eu lieu en Europe, uniquement autour des Alpes et du Jura ( en 1983 dans les Vosges). Mais au tout début des années 2000, de nombreux indices de sa présence ont commencé d’être relevés dans les Ardennes, une région relativement éloignée des endroits où ont eu lieu les programmes officiels de réintroduction. 

Distance entre les Ardennes et Disneyland

Aujourd’hui les autorités françaises refusent toujours de reconnaître officiellement le retour hors du Jura de ce superbe animal, inoffensif pour l’Homme qu’est le lynx boréal ( La Belgique l’a admis en 2003). La raison : On ne sait pas trop comment il a pu revenir, et il aurait pu être réintroduit clandestinement, même si la piste la plus sérieuse est la migration vers nos contrées de lynx issus d’opérations légales de réintroduction. Depuis plus de 20 ans, des lynx sont réintroduits en Suisse, en France et en Allemagne. En France, on en trouve maintenant dans les Vosges, à 350 km des Ardennes. En Allemagne, ils sont présents surtout dans l’est du pays, mais aussi jusque dans le Palatinat rhénan (sud-ouest de l’Allemagne). Des lynx pourraient donc avoir essaimé jusqu’en Belgique, puis en France, où d’ailleurs ils sont déjà braconnés.

La présence du lynx se manifeste aujourd’hui dans de nombreuses régions de l ‘est de la France

Mais pour cela ils ont dû franchir des obstacles de taille, des zones très urbanisées, des centaines de kilomètres, des routes et des fleuves… Pourquoi pas…Ces régions composées de zones mixtes de forêts et de milieux ouverts, constituent un habitat intéressant favorable au retour du lynx. Les lynx chassent en effet à l’affût dans les lisières, où se trouvent ses proies préférées, les chevreuils dont la densité est par ailleurs très élevée dans l’est de la France , autre élément favorable à son installation…

Le sujet des réintroductions clandestines d’animaux sauvages par des militants écologistes est passionnant et presque tabou. Même si des espèces animales bien réelles sont concernées, c’est un domaine qui mêle sagesse et croyance populaire, actes bien réels, fantasmes et peurs ancestrales. Un petit air de cryptozoologie, tout en revêtant un caractère politique, et en étant porteur de conséquences sociales. Phénomène qu’a abordé sans son ouvrage de référence la sociologue du CNRS Véronique Campion-Vincent. Des fauves dans nos campagnes.Légendes, rumeurs et apparitions, Éd. Imago, 1992

Ce débat est avant tout illustré par la polémique intense autour du retour du loup en France, qui a longtemps fait l ‘objet de tentatives clandestines de réintroduction, notamment avec un lâcher de loups polonais en 1968 dans la forêt artificielle des Landes, dans le sud-ouest.( ils furent immédiatement abattus.) Si des années après le loup est bien revenu en France, naturellement, dans des conditions certes très étonnantes, ( mais c’est un autre sujet) certains hommes politiques, tel l’actuel maire de Nice, continuent de le qualifier de  » scandale national ».

Fin 2020, un photographe animalier amateur Stéphane Adant réussissait à capturer la première image d’un lynx en Wallonie, la région Belge limitrophe de la France.

En Belgique, une sympathique et tonitruante association écologiste, Les Rangers est fortement soupçonnée d’avoir conduit en liaison avec d’autres groupes européens ce genre de programmes clandestins. Voici ce que déclarait il y a quelques années Olivier Rubbers qui était alors le président des Rangers : « Il est vrai que dans les années 1990 nous avons publiquement appelé au retour du castor et du Lynx en Wallonie. Nous avons ensuite acquis en toute légalité plus d’une centaine de castors auprès des autorités bavaroises, puis nous les avons relâchés dans nos cours d’eaux, mais aussi à proximité de la France et de la Hollande. Aujourd’hui le castor est revenu définitivement en Belgique et c’est grâce à nous ! Mais en 1998 la justice m’a condamné à 2500 euros d’amendes pour «  transports illégal de castors » ( !) alors que toutes les associations écologistes reconnaissent les bienfaits de la présence du castor en Belgique. Quant  au retour du Lynx je déments absolument y être pour quoi que ce soit. »  Bien entendu. Mais bravo quand même aux Rangers belges si jamais c’était le cas. Et il faut signaler que les lynx réintroduits officiellement en France, prélevés en Allemagne, sont probablement issus eux même de souches relâchées dans la campagne allemande de façon illégale.

Pour terminer cet article, une bonne nouvelle de plus au sujet du Lynx, et elle nous vient d’Iraty, lors d’une exploration faite par Florent Barrère, Jean-Luc et Philippe Coudray.

Une des empreintes attribuées (possiblement) au lynx.

     Luc Chazel, guide des Pyrénées et spécialiste du lynx, a identifié formellement ces empreintes comme étant celles du lynx des Pyrénées, officiellement éteint dans ces montagnes depuis la fin du XIXème siècle. Faisant fi des avis des spécialistes qui l’avaient décrété mort et enterré depuis cent ans, un lynx se promenait nonchalamment sur le versant français des Pyrénées, là où il avait théoriquement disparu !

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