L’homme sauvage et la preuve : le yéti

Pour continuer à étudier ce lien fascinant entre les primates mystérieux et les outils d’analyse scientifique, nous allons nous pencher sur le yeti, le vrai , celui de l ‘Himalaya.

 Avant de passer en revue des éléments matériels, il faut avoir en tête l’omniprésence du yéti, ou de créatures proches dans les traditions de nombreux peuples montagnards asiatiques sur une vaste zone géographique allant du Sichuan en Chine à l’est de l’Himalaya au Bhoutan, et de là vers l’ouest le long de l’Himalaya jusqu’au Pamir.

Concernant le yéti tel que nous le connaissons,  la majorité des témoignages et des récits proviennent de l ‘est du massif montagneux, porte d’entrée privilégiée des alpinistes occidentaux : la région du Sikkim, le Darjeling, la ville de Kalimpong, les endroits où vivent les peuples Sherpa et Lepcha, voilà le cœur du territoire du yéti.

De quoi yéti est-il le nom ?

 « Yeti » dérive du mot sherpa yeh teh ou « ours des falaises » lui-même vient de la langue tibétaine. Les sherpas vivent dans l’est du Népal, mais ils sont originaires du Tibet, qu’ils ont quitté à la fin du XVe siècle, ils sont donc à bien des égards ethniquement, culturellement et linguistiquement tibétains.

René de Nebesky-Wojkowitz (1923,1959), un ethnologue et tibétologue tchèque,  a écrit un ouvrage de référence, Oracles et démons du Tibet : Le culte et l’iconographie des déités protectrices tibétaines, qui fut lors de sa publication en 1956, la première étude des divinités du Tibet. L’ethnologue décéda peu de temps après la publication de cet ouvrage  à l’âge de 36 ans. Il écrit :

Depuis au moins le XVIIIe siècle et probablement bien plus longtemps, de nombreux habitants de l’Himalaya envisagent les yétis comme de véritables créatures, pourtant d’autres créatures folkloriques peuvent lui être associées. Ce qui est connu sous le nom de yéti peut-être identifié à travers une variété d’expressions en thibétain : mi rgod -migö, gangs mi (homme des glaciers), mi chen po (Grand homme), mi bon po (homme fort)

Les Lepchas forment un groupe ethnique vivant au Népal oriental, au Bhoutan occidental et en Inde (Sikkim et district de Darjeeling). Leur nombre est estimé à 76 000. Ils ont pour religion ou spiritualité le bön, le mun et le bouddhisme tibétain. Un autre scientifique, l’anthropologue danois Halfdan Siiger a eu l’occasion de faire une étude approfondie des communautés Lepcha. En 1978, il a publié un article intitulé The » Abominable Snowman « : Himalayan religion and folklore from the Lepchas of Sikkim ( Ici pour en savoir plus).

La figure la plus curieuse du panthéon Lepcha est Chu Mung, « l’esprit des glaciers ou gobelin des neiges », une créature ressemblant à un singe. Les Lepchas vénèrent l’Esprit du Glacier en tant que dieu de la chasse et seigneur de toutes les bêtes de la forêt. Des offrandes appropriées doivent lui être faites avant et après la chasse, et de nombreux chasseurs Lepcha affirment avoir rencontré le gobelin des neiges lors d’expéditions au bord des champs morainiques. Les caractéristiques récurrentes de leurs récits incluent le fait d’être poursuivi, bombardé de pierres et de rochers, d’avoir des arbres qui leur tombent dessus, et de frissonner et de trembler de terreur en entendant le sifflement étrange du mung, comme le démontre une interview que l’anthropologue avait réalisé : C’est là-haut. […] Si vous en croisez une femelle, vous avez de la chance. Un mâle pourrait vous tuer ! Voir une femelle Jhampey Mung signifie que vous ne reviendrez jamais les mains vides de votre chasse. Ils sifflent et c’est comme ça que vous savez que c’est eux.

Offrandes courroucées ( tibétain : kang dze ), une peinture sur coton du XIXe siècle, représentant un éventail de divers symboles effrayants représentant des êtres et des objets pouvant être offerts aux divinités. Au milieu des animaux sauvages, un couple de mi-go. Ces types de peintures étaient généralement accrochées dans les plus petits temples protecteurs

Autre exemple, le yéti se confond au Népal avec une divinité de la forêt, responsable de l’enlèvement et de l’initiation des chamans : le redoutable jhankri, « le chaman de la forêt », souvent décrit comme un petit être poilu aux pieds inversés qui a le rôle d’un maître pour les apprentis chamans. Il leur transmet des connaissances spécifiques sur le monde des esprits et comment y faire face.

Les Népalais non Sherpa peuvent appeler le yéti banmanche/homme de la forêt, considéré dans différentes régions comme un humain ou un hybride humain-singe. Au Tibet central, on trouve la créature appelée mi-go, plus communément que yeti. Mi-go signifiant peuple sauvage mais aussi ermite ou brigand.  

Croquis des 3 yétis dessinés en 1954
par le lama Kapa Kalden
de Khumjung.

 Tout au long de l’Himalaya, les gens rassemblent généralement les divers types d’êtres ressemblant à des yétis en deux grandes catégories : un grand être et un plus petit. Bien que le petit être et le grand aient tous les deux un corps poilu, le petit est d’un brun rougeâtre ou jaunâtre tandis que le grand est brun foncé, gris ou noir. Les humains rencontrent presque invariablement ces êtres dans des forêts ou des champs enneigés, bien que certains rapports affirment qu’ils peuvent piller les champs cultivés, détruire les récoltes ou attaquer le bétail. Dans certains contes recueillis les yétis peuvent s’attaquer aux humains, les kidnapper afin de s’accoupler avec eux et imitent généralement le comportement humain.

Les Sherpas reconnaissent eux d’autres types de yétis. La plus grande espèce de yéti, le dzu teh ou « ours du bétail », ne marche que sur ses quatre pattes et se nourrit de bétail comme les chèvres, les bovins et les yacks. Selon le biologiste Charles Stonor, il s’agit de l’ours rouge de l’Himalaya (Ursus arctos isabellinus) et les sherpas l’identifient comme tel. La plus petite des deux espèces de yéti est le mi teh ou meh teh, ou « ours humain ». De nombreux sherpas ont montré qu’ils pouvaient facilement reconnaître les ours mais insistent sur le fait que le bipède mi teh yéti, contrairement au dzu teh, n’est pas un ours mais plutôt une espèce à part entière.

Le yéti et l’ ours

Pièce de mandala rituel, 19ème siècle, impression en bloc de bois sur papier de riz en langue tibétaine. C’est le mi teh qui apparaît dans les ornements des temples bouddhiques, les rouleaux peints de thangka religieux et les histoires traditionnelles..

Toutes ces appellations semblent impliquer une certaine proximité avec les humains à travers l’utilisation du terme mi, qui désigne un être humain. Mais Il y a aussi de nombreuses référence à l ‘ours, d’ailleurs, la possibilité d’une confusion avec une espèce d’ours local est l‘explication qui se veut la plus rationnelle face au mythe du yéti. Ainsi, il y a plusieurs études scientifiques expliquant le mystère du yéti par la présence de l’ours. Nous pouvons citer celles des généticiens Brian Sykes en 2012 et 2017, et Charlotte Lindquivst en 2017. Ces scientifiques, ont, en partie en lien avec l’initiative d’une société de production télévisuelle conduit diverses analyses de poils et d’autres échantillons attribués au yéti qui se sont révélés être entre autres des poils d’ours bruns.

Ours-brun de l’Himalaya dans un zoo tchèque (par Zoo-Hluboka).

Nous pouvons certes discuter certains aspects de cette démarche (comme par exemple prélever des poils sur un ours empaillé), et regretter la conclusion définitive qu’en a retirée la presse. Mais il s’agit tout de même d’études génétiques sur le yéti, même si elles sont décevantes. Il faut bien le reconnaître, Il n’y a très peu d’éléments matériels, de preuves physiques sur lesquelles s’appuyer en faveur d’une existence réelle. Mais il y a tout de même des choses à montrer et nous allons l’aborder plus loin dans l’article.

Pour l ‘instant, poursuivons sur la piste de l’ours pour voir si réellement elle peut nous mener jusqu’au yéti.

Un premier problème majeur pour la théorie de l ‘ours : presque toutes les observations et les rapports d’empreintes proviennent de l’Himalaya oriental, alors que l’aire de répartition de l’ours brun de l’Himalaya est strictement limitée à l’ouest de l’Himalaya occidental, un petit nombre vit au Népal, aucun au Bhoutan. Les Sherpa incluent une variante du yéti dans leur folklore avec l’ours brun de l’Himalaya car il est rare dans cette région,  et il est donc considéré comme mystérieux.

Shémas issu de cet article. Répartition des ours bruns himalayens et tibétains et localités des échantillons étudiés. Les lignes rouges et bleues décrivent l’aire de répartition historique approximative de l’ours brun de l’Himalaya et de l’ours brun tibétain, respectivement. Les triangles, les losanges et les cercles, respectivement, indiquent les localités de collecte approximatives des échantillons étudiés associés à l’ours noir d’Asie, l’ours brun du Tibet et l’ours brun de l’Himalaya.

L’ours noir tibétain (Ursus thibetanus thibetanus) pourrait être plus crédible en yéti, mais cet ours a tendance à vivre à des altitudes encore plus basses que l’ours brun de l’Himalaya et ne peut expliquer aucun témoignage oculaire ou les traces signalées à une altitude au-dessus de la ligne des neiges. Pour la même raison, ni l’ours noir de l’Himalaya (Ursus thibetanus laniger) ni l’ours bleu du Tibet (Ursus arctos pruinosus) ne sont de bons candidats car ils ne vivent pas à des altitudes supérieures à la ligne des neiges.

 Pour résumer, l’hypothèse de l’ours ne peut pas expliquer les rapports au-dessus d’une altitude de 16 600 pieds (5000m) – la plus haute altitude à laquelle des ours aient jamais été observés dans l’Himalaya. Or la plupart des observations, des traces repérées se situent justement à cette altitude. Autre point contredisant l’hypothèse de l‘ours,  un nombre important de pistes sont signalées en hiver au moment pile où…les ours hibernent.

L’imaginaire traditionnel thibétain décrit les yétis comme des singes plutôt que comme des ours. Avec de longs bras, un torse puissant, une tête conique et un corps couvert de longs poils bruns ou roux. Les habitants de l’Himalaya insistent sur le fait que les yétis n’ont pas le nez proéminent comme les ours, le visage sans poils d’un yéti montre un nez plat, comme un primate. Ce qui est remarquable étant donné qu’il n’existe aucune espèce connue de grands primates non humains dans les hauteurs de l’Himalaya.

Selon la tradition, les yétis ne vivent pas dans les neiges de haute altitude mais plutôt dans les forêts alpines juste en dessous de la ligne des neiges, où ils se nourrissent de grenouilles et de pikas, les nombreux petits lièvres-souris que l’on trouve dans l’Himalaya. Mais ils peuvent parcourir des sommets enneigés pour se déplacer vers d’une vallée à une autre ou bien pour trouver du sel. Pendant l’hiver, ils se déplacent vers des altitudes plus basses et plus près des habitations humaines, chez qui ils volent de la nourriture. Les yétis sont rarement observés et on pense qu’ils sont nocturnes; certains Bhoutanais pensent même que les yétis possèdent un petit talisman appelé dipshing qui parvient à les rendre invisibles. Les yétis sont plus fréquemment entendus que vus, car ils émettent un cri aigu distinctif proche du sifflement. Certains affirment que les yétis possèdent leur propre langue et que les femelles sont les leaders des groupes de yétis.

Le yéti dans la mythologie et la médecine traditionnelle

Le yéti et ses avatars himalayens sont donc, dans la culture locale, décrits comme des primates et en partie humains.  Pour preuve le Mani Kabum. C’est une importante chronique religio-historique du Tibet du XIIe siècle, qui raconte la parenté partagée entre les humains et les yétis. Le spécialiste des religions Daniel Capper l’explique dans cet article. Selon le Mani Kabum, le Tibet était autrefois un lac géant qui s’est retiré, laissant derrière lui des forêts, des animaux et des montagnes.

Le peuple tibétain est né sur l’une de ces montagnes bordant la vallée du Yarlung. Cette montagne était habitée par sinmo, une ogresse des rochers, qui était une incarnation de la divinité bouddhiste de la miséricorde, Drolma. L’ogresse a rencontré un singe, qui était une incarnation de la divinité bouddhiste de la compassion Chenrezig , et les deux se sont accouplés. Ils ont produit six enfants hybrides singe-humain qui sont devenus les ancêtres des six clans tibétains d’origine. Les humains-singes étaient petits et couverts de poils, se tenaient droits et avaient peut-être des queues. Au fil des générations, la progéniture des six ancêtres du clan a évolué, devenant moins simienne et plus humaine, jusqu’à ce qu’ils deviennent le peuple tibétain. Selon la tradition orale tibétaine, cependant, certains de ces premiers ancêtres n’ont pas évolué pleinement en humains et sont restés hirsutes : il s’agit du peuple sauvage (mi-go), ou yétis. Dans cette histoire, les yétis et les humains partagent une ascendance et diffèrent seulement dans le degré d’évolution, de civilisation. Les yétis sont différents des autres animaux non humains, car ils partagent une parenté ancestrale avec les humains, mais ils ne sont pas pleinement humains.

Toujours au Tibet, le mi-go des textes médicaux est clairement un être particulier, un animal réel. Le Shel-Gong Shel-Phreng est un ensemble de deux livres, composé d’un texte énumérant les principales pratiques de soins de la médecine tibétaine. Écrit au XVIIe siècle par le médecin Tenzin Phuntsok, ce texte documente les substances végétales, animales et inanimées employées dans la création de pilules, d’onguents et d’autres médicaments dans la médecine tibétaine.

Mi-go et (autres ?) singes, illustrés et décrits dans le Dri-Med Shel-Phreng

Un chapitre répertorie une variété d’animaux, en commençant par mi-go, et les lions, les tigres, les ours, les cochons sauvages et les chèvres sauvages, les vautours, les corbeaux et les corbeaux. Avec une défintion : Mi-go, en forme d’humains et [ces animaux de] la famille des ours, vit dans les montagnes. Ils sont grands et très forts. On dit que leur chair élimine les déséquilibres de la bile et d’autres maladies du foie/de la bile.

Les mi-go de la littérature médico-pharmaceutique sont des animaux réels. En tant que tels, ils sont placés dans une catégorie à part des humains.

Dans Oracles et démons du Tibet ,René de Nebesky-Wojkowitz définit le mi-go comme un yéti, ou « bonhomme de neige abominable », et montre qu’il est nécessaire pour l’accomplissement de certains rites magiques d’utiliser le sang d’un mi rgod qui a été tué par une arme tranchante ou le sang d’un mi rgod qui a été tué par une flèche

« Shri Devi (protecteur bouddhiste) Magzor Gyalmo » 1800-1899. Pigment minéral moulu
sur Coton.

Inclu de façon incontestable dans les ouvrages des savants tibétains, le yéti, joue un rôle religieux non négligeable dans tout l ‘Himalaya. Car oui, il faut le savoir le yéti est Bouddhiste, logiquement.

Le yéti et le bouddisme

Ainsi L’écrivaine bouthanaise Kunsang Choden, relate dans cet ouvrage un conte dans lequel un groupe de yétis participe aux rites bouddhistes. Au cœur de la nuit et loin des yeux indiscrets, un petit groupe de yétis entretenait un temple de village consacré à la divinité protectrice Panden Lhamo . Chaque nuit les yétis arrivaient, nettoyaient et remplissaient les bols d’offrandes sur l’autel, faisaient le plein de beurre des lampes du temple, pour disparaître avant le lever du soleil.

En effet, dans plusieurs récits des yétis vivaient dans ou à proximité d’édifices religieux, aidant les moines dans leurs tâches quotidiennes. Une de ces traditions religieuses liées au yéti a connu une popularité remarquable, et a apporté de grands espoirs de découvertes.

Pengboche, dans l’est du Népal, est un lieu très emblématique situé aux confins montagneux de la chaîne de l’Himalaya. Perché à 3867 m d’altitude ( 1200 pieds), Il se trouve dans l’est du pays, à l’intérieur même du parc national de Sagarmatha. Seuls 50 moines et 5 familles vivent en permanence dans le village, qui offre une vue panoramique sur de nombreux pics himalayens comme l’Everest, le Thamserku, ou encore l’Ama Dablam.

Pangboche est le lieu de naissance de l’hymalayiste népalais Tensing Norgay, qui accompagnait Edmund Hillary lors de la conquête de l’Everest. Il était aux côtés de l’alpiniste Shipton en 1951 lorsque des traces ont été trouvées, le même fait s’est produit lorsqu’il accompagnait Edmund Hillary à l’assaut du mont Everest. Enfin, Tensing Norgay a également raconté une observation de yéti faite par son propre père. ( ici un rapport similaire).

La vallée de Khumbu, où se trouve notamment le village traditionnel de Pangboche, est un lieu sacré du bouddhisme dans cette partie du monde. Et cela depuis le XVIIe siècle. Chaque enseignant du bouddhisme est appelé Lama et tient un rang très important et respecté, comme pourrait l ‘être un gourou. Le Lama Sangwa Dorje est considéré comme le fondateur, il y a 350 ans, du premier monastère de la région dans le village de Pangboche. Personnage réel, mais aussi légendaire, Lama Sangwa Dorje aurait, au fil de ses séances de méditation, marqué un rocher monumental avec ses empreintes de pieds.

Dans sa jeunesse, Sangwa Dorje a quitté le pays Sherpa pour étudier le bouddhisme dans le sud du Tibet, où il est devenu si habile dans sa pratique religieuse qu’il fut reconnu comme la cinquième incarnation du maître spirituel du monastère de Rongphu. Il retourna ensuite dans la région Sherpa de la vallée de Khumbu avec l’intention de fonder des monastères. Cherchant à bénéficier des conseil de la divinité tutélire Gombu , il s’est retiré pour méditer dans une grotte près de Pangboche. Dans les régions bouddhistes tibétaines, les gens vénèrent généralement les ermites méditants comme Sangwa Dorje et, en signe de dévotion religieuse, leur offrent librement de la nourriture et de l’eau pour soutenir leurs retraites. Dans ce cas, c’est un yéti qui s’est occupé de Sangwa Dorje . Le yéti apportait régulièrement à Sangwa Dorje de la nourriture, de l’eau et du combustible, et est même devenu son disciple bouddhiste. Lorsque le yéti est mort, SangwaDorje a conservé de lui son cuir chevelu et sa main.

Le scalp et la main du yéti sont restés à Pangboche Gompa, le monastère fondé vers l’an 1667 par Sangwa Dorje. Pendant des siècles, les lamas qui ont succédé à la direction de Sangwa Dorje, faisaient défiler périodiquement le scalp du yéti autour du village dans un rituel de fertilité pour bénir les gens, les animaux, les maisons et champs, une pratique qui s’est poursuivie jusqu’à ce que la lignée des lamas Drogon s’installe récemment en Inde, à la fin des années 2000.

Découvertes par Edmund Hillary et Desmond Goig en 1960, ces reliques furent étudiées par des zoologues. Etaient-elles enfin la preuves attendue de l’existence d’un primate inconnu dans l ‘Himalaya ? Résultats : des peaux d’antilopes serow qui avaient été cousues ensemble pour le scalp de yéti, la main, elle, a été décrite comme composée d’une antilope et des os humains qui avaient été cousus ensemble. Quant à la main de yéti, elle a été volée en 1999. (Dans cette vidéo Bernard Heuvelmans s’exprime sur le sujet.)

Observations et photographies

Tombazi ne croyant pas au yéti, il pensait que la silhouette qu’il avait aperçue était un ermite itinérant. Il a écrit un livre sur ses expériences intitulé Account of a Photographic Expedition to the Southern Glaciers of Kangchenjunga in the Sikkim Himalaya, publié en 1925.

Elément intéressant, une observation directe ( elles sont rares mais pas inexistantes, ici une liste d’observations) en 1925. Nikolaos Tompázis (1894-1986) était un photographe grec qui, lors d’une expédition géologique britannique en 1925, a semble t-il aperçu un yéti à 15 000 pieds (4500 mètres) d’altitude dans l’Himalaya du Tibet. Ce qui est intéressant dans ce témoignage, c’est qu’il émane de quelqu’un qui ne croyait pas au yéti, une opinion qu’il conserva même après avoir cette expérience. Voici son témoignage.

Incontestablement, la silhouette ressemblait exactement à un être humain, marchant debout et s’arrêtant occasionnellement pour déraciner ou tirer sur des buissons de rhododendrons nains. Elle apparaissait sombre sur la neige et, pour autant que je puisse le voir, ne portait aucun vêtement.

Environ deux heures plus tard, Tombazi et ses compagnons sont descendus de la montagne et ont vu ce qui semblait être les empreintes de pas de la créature, décrites comme de forme similaire à celles d’un homme, mais seulement de six à sept pouces de long sur quatre pouces de large… Les empreintes étaient sans aucun doute celles d’un bipède.

En mars 1986, le photographe Anthony Wooldridge aurait croisé la route d’un yéti dans la vallée Alaknanda , à 3800m (12500 pieds) d’altitude. Il a photographié la créature, de loin, et une série d’empreintes. Il raconte son expérience ici

En 1951, Richard Steinwinkler, un alpiniste renommé a pris ces photographies controversées au cours de l ‘ascension du mont Kula Kangri. Tout d’abord il aurait repéré une empreinte de pas qu’il a suivi des heures durant.

Et puis je l’ai vu. A une cinquantaine de mètres, d’une hauteur d’environ quatre mètres, il courait sur deux jambes et il était difficile de l’identifier tant il bougeait. Lorsqu’il se tenait immobile, sa silhouette se confondait avec les pierres empilées à sa gauche et à sa droite. Ma seule pensée était, j’espère qu’il ne me remarque pas. Toute la curiosité, toute l’euphorie avait soudainement disparu. Il n’y avait qu’une crainte respectueuse. Les doigts tremblants, j’attrapai mon appareil photo et pris plusieurs photos. Puis j’ai reculé lentement. Ce fut ma première et dernière rencontre avec le Yeti.

Certains des clichés pris par Richard Steinwinkler

Il y a également un matériel photographique intéressant, une série de clichés pris au Tibet par un scientifique russe en 1991, Arkady Tishkov.

Ce biologiste de formation, également géographe participait à une expédition scientifique chino-soviétique étudiant les glaciers. Il parcouru les cimes Himalayennes, autour du Mt Everest, entre août et novembre 1991.

Voilà comment il le raconte son observation : Le 22 septembre 1991, j’étais en route vers un glacier sur le versant sud-est du mont Xixiabangma. Vers midi, au sommet d’une crête morainique à une distance d’environ 400 pieds (120 m), j’ai remarqué un animal ressemblant à un humain assis près d’un rocher du côté ensoleillé . Ma position était plus basse sur la pente, et au début je n’ai pas vu toute la silhouette. Un peu plus tard, cependant, j’ai observé l’animal en entier. Il avait les caractéristiques suivantes : posture droite, bipède ; couleur marron foncé; crâne en forme de cône ; pas de cou visible; membres antérieurs longs; et membres postérieurs courts et légèrement fléchis. Lorsqu’elle a été observée pour la première fois, la créature était accroupie dans ce qui semblait une position non naturelle pour un animal, son dos touchant la surface chauffée par le soleil du rocher. C’était un moment rare pour cette altitude et cette saison, lorsque le soleil inonde les montagnes et que la nature prend vie après une matinée froide. Je n’ai pas pu identifier ce que j’ai vu. Ma toute première impression était celle d’une créature ressemblant à un singe, un chien ou un ours. Mais son anatomie, son comportement ultérieur, la grande élévation absolue du lieu et la distance des forêts et des habitations m’ont fait conclure que j’avais affaire à un autre type d’animal.

Juste après le scientifique a croisé le regard de la créature, et a prit peur. Il s’est retourné et a dévalé la pentes pour tenter de prévenir ses compagnons d’expéditions restés en contre-bas. Arkady Tishkov s’est alors souvenu qu’il portait sur lui un appareil photo, ( un Zenith-ТТL avec l’objectif fixe d’origine ) et il décida de retourner, seul sur ses pas. Mais dans sa fuite il s’était encore éloigné davantage de la créature ( environ 120m) qui était toujours là derrière les rochers.

Une deuxième tentative photographique a été plus réussie et j’ai pris trois photos presque l’une après l’autre. Puis, gardant l’animal en vue, j’ai commencé à m’en approcher. La créature, alertée, se pencha et regarda vers moi. J’ai arrêté, mais c’était trop tard; l’animal s’est déplacé derrière le rocher et est vraisemblablement descendu de l’autre côté de la pente. Quand j’ai atteint le rocher, l’animal avait disparu et n’a plus été revu.

Le cliché prit par le biologiste parait assez décevant, on ne distingue qu’une tache plus sombre dans l ‘ombre du rocher. Arkady Tishkov le reconnait il ne s’agit en aucun cas d’une preuve photographique convaincante.

Plus tard dans la journée, après avoir accompli son travail scientifique régulier, Arkady Tishkov est retourné sur le site de la rencontre et a minutieusement examiné le terrain dans un rayon de 2 600 à 3 300 pieds (800 à 1 000 m). Voici ce qu’il a remarqué :

Trois grandes niches-abris, avec des traces d’utilisation, qui auraient pu être utilisées par l’animal pendant la période la plus chaude de l’année.

Un échantillon d’excréments ressemblant à des coprolithes humains, mais plus foncés, trouvés près du lieu de la rencontre (4 pouces -10 cm de longueur et 1 pouce -,5 cm de diamètre. Les matières fécales contenaient des restes de tissus végétaux, notamment des racines de plantes du genre Saussureas.

Sur une pente exposée au sud, à une altitude de 16 100 pieds (4 900 m), il a trouvé des trous dans le sol, 8 x 8 pouces (20 x 20 cm), et jusqu’à 4 pouces (10 cm) de profondeur, avec des traces de morsures sur les parties supérieures de racines et d’autres tubercules. Pour lui ce n ‘était pas l’œuvre de rongeurs ou d’autres animaux connus.

Le crytozoologue Michael Trachtengerts, ingénieur de formation et docteur en thermodynamique, qui a recueilli le témoignage d’Arkady Tishkov, a pu obtenir des tirages photographiques et mener sa propre analyse de l ‘image. Voici ce qu’il en a conclu.

La créature observée aurait mesuré moins d’1m50. Nous avions déjà évoqué ce travail dans l’article Le nain des Alpes

L’authenticité de ces preuves photographiques est contestée, sans entrer cette fois-ci dans le débat, on peut tomber d’accord avec le fait qu’elles ne sont de toute manière, pas suffisantes.

Le yéti décidemment résiste à la vérité scientifique. Que reste t-il de tout ça ? Nous avons vu que sa présence en tant que primate proche de l ‘humain est indiscutable dans la culture des peuples himalayens. Mais sur quels éléments concrets peut on se baser pour revendiquer sa réalité ? Quels sont les « preuves tangibles de son existence » ? Comme nous l’avons vu, il n’ y a pas de poils, d’os, de photographies, ou de films, sur lesquels s’appuyer, pourtant si c’est un être de chair et de sang, il doit laisser des traces.

Oui. Justement, ces traces, ce sont les empreintes repérées dans la neige. C’est encore aujourd’hui l’indice le plus concret, et le plus fascinant de leur existence.

Les empreintes

En 1951 fut organisée une expédition britannique de reconnaissance du mont Everest dirigée par l ‘alpiniste, explorateur et écrivain Eric Shipton.  Il était accompagné, de Michael Ward, de William Murray, de Thomas Bourdillon, d’Edmund Hillary, d’Earle Riddiford, d’Angtharkay, de Pasang Bhotia, de Nima, de Sen Tensing et de six autres Sherpas. Le but était de reconnaître divers itinéraires possibles pour escalader le mont Everest depuis le Népal, routes qui seront utilisée pour l’ascension réussie de 1953.

Dans l’après-midi du 9 novembre, Shipton, Ward et Sen Tenzing avaient traversé le glacier Menlung à 5700 mètres (19 960 pieds) puis se sont dirigés vers le sud-ouest . Une demi-heure plus tard, ils sont tombés sur des traces dans la neige.

La localisation exacte des empreintes d’après Michael Ward.

Le 6 décembre, le Times publie ce compte-rendu, rédigé par Eric Shipton : Les traces étaient pour la plupart déformées par la fonte, prenant des formes ovales, un peu plus longues et beaucoup plus larges que celles de nos bottes d’alpinistes. Mais dans certains endroits, là où la neige recouvrant la glace était mince, nous tombâmes sur une empreinte du pied de la créature, bien conservée. Elle montrait trois « orteils » et un large « pouce » sur le côté. Ce qui était particulièrement intéressant était que là où les pistes traversaient une crevasse on pouvait voir très clairement où la créature avait sauté et utilisé ses orteils pour se propulser de l’autre côté. Nous avons suivi les pistes pour plus d’un mille sur le glacier avant d’arriver sur de la glace recouverte de moraine.

Le 7 décembre, le Times publiait trois photos avec un titre spectaculaire : Empreintes de l ‘abominable homme des neiges.

Eric Shipton a pris quatre photographies. Deux montraient une ligne de pistes s’étendant à travers la neige, une avec Michael Ward debout à côté d’eux. Deux étaient des gros plans, d’une seule empreinte de pas, qui avait un gros orteil proéminent et des impressions de peut-être quatre orteils voisins. Pour indiquer la taille des empreintes, estimées à environ 12 pouces par 6, ( 30cm par 15cm) Shipton a inclus un piolet dans l’un des photographies et la botte de Ward dans l’autre.

Très rapidement, la suspicion se porte sur la photo de l ’empreintes en gros plan. Pour deux raisons principales : la différence d’aspect avec celles que l ‘on distingue sur la piste, qui ne comportent aucune trace d’orteils. Ensuite, l’empreinte en gros plan parait presque trop bien dessinée, en dépit du fait que la forme de la voûte plantaire ne correspond à rien de connu. Des doutes sur l ‘authenticité, argumentés, qui persistent aujourd’hui, on peut le lire dans cet article. Pour résumer, Shipton est accusé d’avoir façonné lui même les orteils de cette empreintes, grâce à des gants de laine, et peut-être, le piolet.

Michael Ward (1925-2005), qui était avec Shipton au moment de la découverte des empreintes, et qui apparait sur une des photographies était chirurgien avant d’être un alpiniste. En 1997 il a publié The Yeti Footprints: Myth and Reality, un texte dans lequel il entend clarifier cet épisode controversé :

Sans être encordés, mais proches les uns des autres, nous avons descendu les pentes larges, faciles et douces du glacier qui se terminaient dans le Menlung Chu jusqu’à ce que, dans une zone presque plate à environ 15-16 000 pieds (5000mètres), nous rencontrions toute une série d’empreintes de pas dans la neige. Celles-ci semblaient être de deux variétés, l’une plutôt indistincte menant aux champs de neige environnants, tandis que l’autre avait par endroits une empreinte nettement individuelle gravée dans la couche de neige de deux à quatre pouces (8cm) au sommet du névé durci. Nous n’avions aucun moyen de les mesurer, alors Shipton a pris quatre photographies, deux des empreintes indistinctes avec moi-même, mes empreintes de pas et mon sac à dos à titre de comparaison; les deux autres photos étaient de l’une des empreintes les plus distinctes et détaillées, une avec mon piolet et une avec mon pied botté pour l’échelle. Cette empreinte était à peu près de la même longueur que ma botte, une taille continentale 42 (8’/2 britannique), qui mesure environ 12 à 13 pouces de long(30cm).

L’impression était presque deux fois plus large que ma botte et avait des contours bien définis. Il y avait l’empreinte nette d’un gros orteil, plus large et plus pointu que l’autre qui indiquait des orteils indistincts dont il semblait y en avoir quatre, ou cinq. Nous avons suivi les pistes sur le glacier facilement et avons remarqué que chaque fois qu’une crevasse étroite de six pouces de large était traversée, il semblait y avoir des marques de «griffes» dans la neige. Enfin nous avons quitté le glacier et la ligne d’empreintes pour rejoindre une moraine latérale herbeuse. Nous avons suivi cette piste pendant un certain temps, en croisant un certain nombre de chèvres sauvages, jusqu’à ce que nous trouvions un convenable pour notre camp. Quelques jours plus tard, nous avons été rejoints par Murray et Bourdillon qui nous avaient suivis sur le Menlung La. Dans son journal, Bourdillon commente les traces qui, au moment où il les a vues, s’étaient déformées par le soleil et le vent, et ils les ont suivies sur une certaine distance vers le glacier de Menlung.(…) Nous avions bien sûr interrogé Sen Tensing sur les empreintes. Un natif de Khumbu, il avait parcouru tout l’Himalaya et le Karakoram et avait aucun doute que les empreintes appartenaient au yéti, dont il y avait deux types, a-t-il dit, le mangeur de yak et le mangeur d’hommes, ce dernier laissant des pistes plus petites. Il a décrit le yéti comme marchant sur deux jambes, debout environ cinq pieds hauts ( 1m50) et couverts de poils bruns. Il aurait un visage comme un homme, avec un front haut. Pressé, il a avoué que lui-même n’avait jamais vu de yéti. Nous l’avons interrogé en ourdou, mais lorsque nous sommes arrivés à Katmandou, il a de nouveau été interrogé et parlait dans sa propre langue sherpa et il a raconté exactement la même histoire.
La découverte de ces empreintes en 1951 a stimulé un grand intérêt pour le yéti et, par conséquent, de nombreuses expéditions à la compétence très variable ont eu lieu dans l’Himalaya et en Asie centrale. Aucune n’a réussi à trouver un squelette, une carcasse, des os, de la peau ou des fèces d’un yéti. En conséquence, il a été suggéré que les pistes trouvé par Shipton et moi-même était peut-être un canular.

Quelques « enquêteurs » ont même considéré que le récit de Shipton, écrit en 1951, était délibérément concocté parce qu’il était amer d’être privé de la chef de l’expédition de 1953. Cette théorie ignore le fait que sa description des traces a été rédigée au moins un an avant cet événement, et que, en tant que scientifique médical habitué chaque jour à décrire avec précision et analysant les anomalies cliniques, j’ai aussi vu les pistes, et que Bourdillon, un autre scientifique, a confirmé leur existence, bien que beaucoup déformées, quelques jours plus tard. Ce n’était pas un canular et les événements se sont produits exactement et précisément comme décrit dans le livre de Shipton sur la reconnaissance de l’Everest et par moi-même dans cet article. Il doit donc y avoir certainement une explication rationnelle.

Michael Ward devant la piste d’empreintes photographiée

Michael Ward soutient qu’ils ont alors découvert deux types de traces distinctes ce que Shipton n’a jamais voulu reconnaître. Il reste donc encore une part de confusion sur ce récit, mais, dans ces circonstances, à cette altitude, sachant que leur aventure n ‘était pas terminée ( ils seront capturés et retenus brièvement par des gardes tibétains quelques jours plus tard) c’est peut-être compréhensible. Ce qui peut retenir notre attention ici, c’est la prudence de Michael Ward. Oui c’est empreintes sont bien réelles et authentiques, affirme t-il, mais ont elles réellement été laissées par le mythique yéti, dont finalement aucune preuve concrète d’existence n ‘a été apportée depuis ? Michael Ward a sa propre théorie, nous y reviendrons plus tard.

Prolongeant les témoignages des protagonistes, qui toujours peut être mis en doute, les diverses études de ces empreintes peuvent apporter des enseignements. Il apparaît que beaucoup de faits scientifiques peuvent en être déduits des empreintes, si tant est que l ‘observateur possède les connaissances et le savoir faire nécessaires. (Nous avions abordé ce sujet grâce à cet entretien passionnant avec le chercheur canadien Yvon Leclerc, en anglais ici).

Mais pour retirer des informations scientifiques d’une empreinte, encore faut-il disposer d’un moulage. Or si Shipton et ses compagnons n ‘ont pas préservé l ’empreinte, les photographies rendent compte en 2 dimensions, avec précision d’une forme assez particulière, avec des orteils de différentes tailles, à l ‘orientation assez anarchique.

Pour tenter de confirmer l ‘authenticité de ces empreintes, et en faire un objet scientifique, il fallait relever ce défi. Zoologue russe établi à Londres, au Quenn Mary College, Wladimir Tschernesky s’est passionné pour le sujet, il en a fait un court article publié par la revue Nature en 1960.

Pour lui la netteté du contour de ces empreintes lui permettait d’en fabriquer un moulage. Voici le résultat qu’il a obtenu.

Loren Coleman a écrit un article très complet sur l’étude des empreintes de Shipton

Il est évident qu’obtenir un telle reconstruction écarte définitivement l’hypothèse d’un canular exécuté à la va-vite, derrière le dos de ses compagnons par un Shipton en quête de gloire. Aurait -il pu, en quelques secondes, à l ‘aide de son seul piolet, réaliser comme par enchantement une fausse empreinte de primate à la morphologie atypique parfaitement crédible ? C’est quasiment impossible à envisager.

Pour une raison simple : l’empreinte présente des orteils étrangement disposés, ce qui ressemble fortement à une malformation classiquement présente chez les primates : l ‘hallux varus qui est une déformation de l ‘articulation du gros orteil. Cette caractéristique de l ’empreinte photographiée par Shipton est très importante.

Une fois qu’il est établi que ces empreintes ont réellement été laissées par un primate, de quelle espèce peut-il s’agit ?

Tschernesky présente un comparatif avec plusieurs espèces primates, et ce qu’il s’en approche le plus semble être un mélange entre le Gorille, un animal qui n ‘est pas présent en Asie, et le pied humain. Les espèces locales et l ‘ours sont définitivement écartés.

Le zoologue est allé jusqu’au bout de son entreprise de validation des empreintes de Shipton. Une fois son moulage obtenu, il s’en est servi pour exécuter lui même des empreintes dans la neige. Sa reconstruction a laissé des traces identiques à celles montrées sur les photo de Shipton.

Les deux empreintes laissées dans la neige, celle des photographies de Shipton, et celle issue de l’empreinte reconstituée de Tschernevsky sont identiques. Preuve de la validité de son travail.

Pour autant, ces empreintes ont elles été laissées par la créature mythique appelée yéti ?

1 et 2 ours brun de l ‘Himaya/ 3 Langur/ 4 et 5 Ours noir d’Asie / 6 gorille des montagnes/ 7 empreinte de yéti supposée/ 8 humain

Michael Ward, l ‘alpiniste chirurgien qui accompagnait Shipton a lui une opinion bien différente. S’il a toujours vigoureusement affirmé que les empreintes étaient authentiques, elles ne prouvent en rien l’existence du Yéti selon lui.

Dans un article que nous avons déjà cité, il développe sa théorie selon laquelle des sherpas pourraient fort bien avoir laissés ces empreintes. Des humains, marchant pied nus sur le toit du monde ?

Michael Ward : J’ai vu des familles dans le Bhutan Himal faire cela, et des investigations scientifiques ont été menées sur deux cas dans l’Himalaya. La première a eu lieu lors de l’expédition Silver Hut à
1960-61, qui a hiverné à 19 000 pieds ( 5800m) dans la région de l’Everest. Pendant ce l’hiver nous avons eu la visite de Man Bahadur, un pèlerin népalais âgé de 35 ans, qui vivait normalement à 6000 pieds (5 1800m). Il a passé 14 jours à 15 300 pieds (4600m) et plus, et pendant toute cette période ne portaient ni chaussures ni gants, et entraient la neige et sur les rochers pieds nus sans aucun signe de gelure. Il portait un minimum de vêtements et n’avait ni sac de couchage ni équipement de protection autre qu’un manteau de laine. Il a été surveillé en permanence pendant quatre jours, sans abri entre 16 500 pieds (5000m) et 17 500 pieds, avec des températures nocturnes entre -13°C et -15°C, et des températures diurnes négatives. Finalement, il a développé de profondes fissures dans la peau de ses orteils, ce qui a été infecté et il est descendu à des altitudes inférieurs pour cette raison. Si un des Européens de l ‘expédition avait suivi un tel régime, il serait revenu gravement gelé et en situation d’hypothermie.

Pour le chirurgien Michael Ward, les dommages causés par la marche pieds nus en haute montagne, les infections qui en résultent, et les soins de fortunes qui peuvent être prodigués peuvent expliquer l’apparence surprenante des pieds de certains sherpas. De plus il affirme que des villages sherpas se trouvent à quelques centaines de mètres du lieu où les empreintes ont été photographiées, en plus ils ont eux-mêmes croisés au cours de la descente un villageois ( sans préciser s’il marchait pied nu) sur les pentes du glacier.

Les empreintes attribuées au yéti, comme celles de Shipton sont fascinantes, car elles sont complexes à déchiffrer, et à comprendre. Cette complexité en fait des éléments essentiels du mystère naturel que représente le phénomène du yéti. Et cela en fait déjà des objets scientifiques importants dont l ‘étude sera poursuivie encore longtemps. ( Ici un article de référence de l ‘anthropologue Jeff Meldrum)

Ainsi Michael Trachtengerts, un autre scientifique, crytozoologue talentueux dont nous avons parlé plus haut, propose une explication différente pour l ‘aspect des empreintes de Shipton.

Dans cet article publié en 2012, il montre comment d’après lui, il faut regarder les empreintes la plupart des empreintes attribuées au yéti. Si ces traces présentent, comme pour celles de Shipton des caractéristiques étranges, c’est pour une raison très simple : elles sont l ‘œuvre non pas d’un individu mais d’au moins deux créatures qui marchent dans les pas l ‘une de l ‘autre.

Voici le résultat pour les empreintes de Shipton.

A : le cliché originel des empreintes, B: la même image avec les traces des empreintes de chaque créatures

Les empreintes de chacune des créatures qui ont laissés des traces

Selon Michael Trachtengerts plus grande créature marchait en premier suivie de la plus petite. La taille du pied du premier (33 cm) aide à estimer sa taille à environ 215-220 cm, selon des proportions humaines pour la relation entre la longueur du pied et la taille d’environ 15-16%. Le second, qui avait un pied de 28 cm de long, pouvait mesurer près de 185 cm de haut.

Selon le cryptozoologue, il faut oublier l ‘idée d’un yéti parcourant les cîmes himalayennes perpétuellement seul. La plupart du temps les empreintes montreraient que plusieurs individus marchaient de concert. La faible distance entre chaque pas dans la neige montrent que même pour un yéti il convient de progresser prudemment en haute montagne. C’est pour réduire les risques aussi qu’ils marchent sur les empreintes précédentes. Un animal au physique massif ouvrant la voie à d’autres de tailles plus modestes. Voilà ce que ce principe peut donner dans l ‘analyse d’autres empreintes célèbres, celles photographiée en 1955 dans la vallée de Barun par l’abbé Pierre Bordet.

Pour Michael Trachtengerts, il est possible, en partant de l ‘analyse de ces empreintes, et de l’observation précise apportée par Slavomir Rawicz d’aboutir à une description probable de la créature.

Slavomir Rawicz raconte sa propre observation datant de 1942 lorsqu’avec un groupe de prisonniers, il s’est échappé d’un camp de travail sibérien. Ils ont marché vers le sud et ont traversé les vastes espaces de la Mongolie, de la Chine occidentale, du Tibet, et l’Himalaya pour aller en Inde. En traversant l’Himalaya enneigé, Rawicz et ses compagnons ont un jour rencontré deux grands hominidés, se tenant juste en avant sur leur passage. Slavomir Rawicz en a tiré un croquis qu’il a signé pour bien signaler le fait qu’il s’agissait selon lui d’un récit authentique.

Description : Le corps, à l’exception du visage, des paumes des mains et des pieds, est couvert de poils. Il y a deux types de poils sur le corps : des poils plutôt courts roux qui couvrent le corps de manière dense, et des poils grisâtres plus longs et rares qui traversent des poils denses. Les cheveux pendent vers le bas.
Le corps est massif, large et puissant. La tête est grande et rétrécie à la partie pariétale. La partie rétrécie part du front jusqu’à l’arrière de la tête. Il y a des arcades sourcilières épaisses. Le front est plutôt haut et pas trop incliné. Les os de la face sont développés. Le nez ressemble à un petit nez humain. Les mâchoires sont très grandes et prognathes. Le cou est
puissant. Les épaules sont larges et tombent du cou aux bras. Le ventre est gros. Les fesses sont considérables. Les membres supérieurs sont longs, ils peuvent atteindre les genoux. Les pieds ont des proportions générales proches de celles de l’homme mais elles sont plus grandes et considérablement plus larges. Les pieds ont quatre doigts. Le premier du côté intérieur du pied et le second, près de celui-ci, sont de grande taille et bien développés. Les deux autres à l’extérieur surles côtés des pieds sont plutôt petits et peu développés.
Comportement : Il n’y a pas suffisamment de données sur l’histoire de la vie de ces primates himalayens. Leurs traces se rencontrent rarement, principalement dans les névés de haute montagne. Probablement, ils habitent les parties inférieures des montagnes et se déplacent à travers champs de neige d’une vallée à l’autre. Des traces et quelques observations montrent qu’ils s’associent souvent dans des couples. Sur les sites dangereux en montagne, ils se déplacent lentement en sondant soigneusement le chemin à pied.

Des empreintes attribuées aux yéti sont encore documentées aujourd’hui; elles sont rares mis elles existent. L’aventurier et présentateur tv Josh Gates a collecté celle-ci en 2007.

Nous arrivons au terme de ce voyage dans les hautes terres du yéti et de certains indices accréditant son existence. Bien entendu, l’heure de sa découverte n ‘est pas encore venue. Nous avons voulu démontrer qu’il y a au pourtant de nombreux éléments matériels palpables, difficilement explicables autrement que par le fait qu’il existe bien une ou plusieurs espèces de primates imposants dans l ‘Himalaya. Des primates aperçus et décrits notamment par des savants, et qui laissent des traces qui sont autant objets d’investigations scientifique légitimes.

7 commentaires

  1. Bonjour ,

    Une fois de plus , félicitations pour l’article.

    Pour ce qui est de SHIPTON cependant :
    Il ne manque que l’article de P. GILMAN paru le 10 12 1989 dans The Sunday Time. Il est vrai que celui cité en reprenant l’essentiel , et répondant aux critiques émises après 1989 , il n’est plus indispensable de le connaître.
    Mais au final on a :
    – une trace unique , très différente de celle en bas de la photo non découpé de  » la  » trace
    – une piste montrant plutôt des empreintes d’ongulé que de quoi que ce soit d’autre
    – un témoin unique , SHIPTON , et son thuriféraire WARD
    – une réputation de  » blagueur  » pour SHIPTON ( Noel ODELL ,Audrey SALKED , E. HILLARY )
    – des témoins ( Bill MURRAY ) qui attestent qu’il n’y avait qu’une piste , pas deux
    – SHIPTON et WARD qui plusieurs années après 1951 , se mettent à affirmer qu’il y avait 2 pistes
    – WARD , encore après , conscient des faiblesses de son histoire , se met à suggérer d’autres possibilités qu’une trace de yéti……toutes impossibles , puisque la trace était unique

    Bref ,tout ceci rajouté à la forme particulière de l’empreinte ( non déformée par opposition aux traces de la piste ) fait que pour moi la crédibilité de l’hypothèse affirmée par SHIPTON et suggérée par WARD est aussi proche de 0 que possible.
    Il me paraît dommage de continuer à mettre en avant ce triste épisode.

    J. ERB

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    1. Bonjour Jacques,

      Merci beaucoup pour le compliment et le commentaire. L’article en question est, à priori, celui-là: https://www.alpinejournal.org.uk/Contents/Contents_2001_files/AJ%202001%20141-151%20Gillman%20Yeti.pdf

      Je n ‘ai pas cité cet article en particulier mais j ‘ai préféré restituer les arguments défavorables que l ‘auteur et d’autres comme Napier ont soulevé à propos de ces empreintes. Pourquoi d’après moi elles méritent encore d’être prises au sérieux : parce que des scientifiques ont jugé qu’elles étaient dignes d’intérêt. J’ai énormément d’admiration pour le métier de Peter Gillman, ( journaliste d’investigation) mais je ne peux m ’empêcher de voir dans son travail sur les empreintes beaucoup trop de spéculation. C’est pourquoi il m’a semblé plus pertinent de rester sur les caractéristiques physiques, observables des empreintes sur lesquelles ont travaillé Tchernevsky et Trachtengerts. Cette empreinte est étrange, aux contours très précis, trop pour certains, mais elle n’est pas impossible puisque Tschernevsky l’a reconstituée.

      Pour reprendre le fond des critiques de Gillman, j’avoue que je n’y suis pas réceptif. Il ressort que la seule hypothèse qui rend pratiquement possible la supercherie d’après le journaliste, consiste en la faculté qu’aurait eu Shipton de falsifier l’ empreinte à l ‘insu de son compagnon de cordée Michael Ward. C’est tout de même assez ténu. Et il aurait en quelques seconds réussi a façonner une trace de primate crédible, ce qui est une sacrée performance. Mais c’est possible, j’imagine.

      Plus largement, Gillman s’appuie en priorité sur les considérations d’Edmund Hillary qui ne faisait pas partie de cette expédition. La tonalité générale du papier est très sceptique, et pas exempte de mauvaise foi. Ainsi lorsque Gillman affirme qu’à part les légende et les empreintes de Shipton il n ‘y a que des témoignages imprécis de seconde ou de troisième main, c’est tout simplement archi-faux. C’est pourquoi j ‘ai voulu restituer dans l ‘article des témoignages de première main, dont certain issus de scientifiques. Lorsque le journaliste réfute avec une certaine suffisance les explications alternatives telles la superposition d’empreintes, ou la déformation des pieds de sherpas, sur quoi se base t-il ? pas sur la science en tout cas. Pour finir sur la réputation de Shipton, malgré tous les efforts elle n’en ressort pas franchement atteinte, et aucun de ses compagnons, dixit l ‘article, n’envisage une seconde qu’il puisse être l ‘auteur d’un tel canular.
      Ici, vous avez raison Jacques, le doute est permis, mais si on regarde le mystère des hommes sauvages avec les yeux de Gillman on risque bien d’aboutir très vite au : circulez il n ‘y a rien à voir.

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    1. Merci Jules, les grands esprits…oui c’est un évènement car Gregory Forth a déjà publié il y a quelques années Images of Wild man in southeast Asia qui est une référence absolue pour nous. Et je peux vous annoncer que nous préparons avec lui une interview exclusive pour StrangeReality pour annoncer et promouvoir cette publication majeure.

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