Le nain des Alpes 1

Le souffle glacé du barbagazi

Vue d’artiste du barbagazi (Akandamador, 2018)

    

Qui sont les « barbes glacées » des hauts sommets alpins, vagabondant entre France, Italie et Suisse ?  Des survivants de cet énigmatique petit peuple du Néolithique des Alpes suisses ? De lointains cousins  nanifiés d’Otzi, cet homme du Néolithique tardif (Âge du cuivre) remarquablement conservé dans la gangue glacée des Alpes italiennes ? Et si ce petit peuple folklorique était encore aperçu, de nos jours ? L’équipe de Strange Reality vous invite à partir ensemble sur les traces du barbagazi, mystérieux nain des hauts sommets alpins…

Ces personnages enrôlés dans les terribles bestiaires de l’Heroic Fantasy,  laissent une empreinte dans la célèbre saga livresque et vidéoludique The Witcher. Ici, dans l’adaptation en jeu de rôle de l’œuvre de Andrzej Sapkowski : Restez vigilant. Dans les montagnes, n’importe quel rocher pourrait être un barbegazi. La voix de votre ami pourrait être utilisée pour vous tromper, vous attirer dans une position où vous êtes seul et vulnérable.La préparation est essentielle pour faire face à la menace posée par le barbegazi. Un barbegazi ne peut imiter que les mots exacts qu’il a entendus.

 Le folklore du barbagazi

     Depuis deux ans, le barbagazi revient sous le feu des projecteurs grâce à un livre pour enfant au sympathique message écologique : The Missing Barbegazi (2018) d’H. S. Norup. La créature y est décrite comme un antique esprit de la montage, gentil et bienveillant, qui doit résister aux affres d’une civilisation consumériste et destructrice de son environnement alpin.

The Missing Barbegazi (2018) d’H. S. Norup

     Mais quel est le véritable visage du barbagazi dans le folklore alpin ?

      Les barbagazi sont des gnomes des Alpes françaises et suisses dont le nom vient sans doute d’une déformation de « barbes glacées ». Contrairement à la coutume, les barbagazi hibernent pendant les mois chauds et se réveillent après les premières chutes de neige. On les voit donc rarement quand il fait plus de zéro degré. Ils ne s’aventurent jamais au-dessous des forêts, et les rares barbagazi que les montagnards ont capturés et rapportés dans leurs villages n’ont survécu que quelques heures.

     Les barbagazi ressemblent un peu aux gnomes, mais ils ont de très grands pieds et leurs cheveux et leurs barbes sont comme des stalactites. Quand ces glaçons fondent en cas de capture, on voit qu’ils ont des cheveux normaux. Leurs grands pieds servent à la fois de skis et de raquettes. Ils leur permettent de courir très vite sur la neige ou de descendre des pentes abruptes. Ils sont aussi très utiles pour creuser. Un barbagazi peut se cacher dans la neige et resurgir en un instant, même s’il est enfoui très profondément. Tous les barbagazi portent des habits de fourrure blanche ressemblant à nos vêtements, de sorte qu’il est difficile de distinguer de loin les mâles des femelles. Leur langage est comparable au sifflement de la marmotte et ils communiquent de très loin par une sorte d’ululement que l’on peut confondre avec le bruit du vent ou le son d’une corne alpine. Les maisons des barbagazi sont un lacis de grottes et de galeries creusées près du sommet des pics, et on y entre par de minuscules ouvertures protégées par un rideau de glaçons.

Barbagazi, se servant de ses grands pieds pour glisser sur la neige

Aoste

     L’attitude des barbagazi envers les humains est encore mal définie. Certains montagnards croient que les saint-bernards s’attribuent le mérite des bonnes actions des barbagazi. D’autres disent que ces petits êtres sifflent pour prévenir d’une avalanche, bien qu’ils adorent les avalanches, dévalant les pentes à cheval sur les coulées de neige.

     Leur mode de vie reste très mystérieux pour les humains car ils apparaissent seulement quand les blizzards et la froidure les forcent à descendre dans la vallée. Mais on peut penser que les barbagazi doivent nécessairement vagabonder et s’adonner à la chasse et la cueillette après la fonte des neiges. Un barbagazi pourrait avoir servi de modèle pour un magnifique bas-relief en bois de la « Salle de justice » du Château Sarriod de la Tour de Saint-Pierre (XIV-XVème siècle) de la Vallée d’Aoste (Italie). Cette vallée est célèbre pour ses pics enneigés, dont le Mont Blanc.

Nain sauvage (barbagazi ?) tenant une massue (« Salle de justice » du Château Sarriod de la Tour de Saint-Pierre)

     Le folklore relatif à d’autres nains que le barbagazi se retrouve sur le territoire suisse (le servan, le follet) et sur le territoire italien (le Monaciello, le Linchetto), accréditant une forte présence du nain archaïque et frustre au cœur du massif alpin.

     La croyance envers le servan (ou sarvan, sarvin, chervan en patois) est commune à toutes les Alpes, au Valais et au nord de l’Italie. Ce lutin bénéfique, protecteur du foyer et surtout du bétail qu’il guide en montagne, se voit encore offrir des libations de lait par les pasteurs au XIXème siècle. Les paysans lui donnent la première crème du matin pour se protéger de ses tours. Dans le Tyrol, un esprit servant très proche, de petite taille, d’apparence âgée et vêtu de guenilles, le donanadl, est réputé vivre près d’Hochfilzen et rendre de multiples services similaires. Les paysans le remercient en lui offrant de la nourriture dans les chalets.

     Monaciello, c’est-à-dire « le petit moine », est un nain du folklore napolitain. Vêtu d’habits de moines rouges, ils savent se montrer facétieux, bons vivants et irresponsables, si bien qu’ils assurent assez mal leur tâche principale qui est de surveiller les trésors des fées et des nains. En Italie, un moyen de faire fuir le Linchetto trop entreprenant est de manger du fromage assis sur les toilettes, en disant « Merde au Linchetto : je mange mon pain et mon fromage et lui chie à la figure ». Ce « nain rouge » est d’ailleurs devenu un croquemitaine goguenard de l’autre coté de l’Atlantique avec le terrible Detroit Dwarf.

Le « nain rouge », croquemitaine de la région de Detroit

 Les témoignages du barbagazi

     Avant d’ouvrir le modeste bal des  preuves testimoniales crédibles, difficile de ne pas mentionner sur le site de Strange Reality le premier article du blog consacré à un témoignage qui cadrerait avec les mœurs et l’apparence physique du barbagazi : le nain velu de Morillon.

Le nain de Morillon mis en fuite (Marion Colas, Juillet 1996) (Courtoisie Philippe Coudray, 2011)

Morillon en hiver, Alpes du nord, 700 mètres d’altitude

      Bien plus que le témoignage de la bête de Belleville dans le même massif alpin, le nain velu de Morillon cadrerait avec un tout autre témoignage arraché de l’oubli du temps par notre regretté collègue russe Mikael Trachtengerts (1937-2017).

Le cryptozoologue russe Mikael Trachtengerts (Versailles, 2011)

          Mikael Trachtengerts, bras droit de Dmitri Bayanov dans le vaste champ de l’hominologie russe, a enquêté sur une photographie prise en 1991 dans une vallée à 5000 mètres d’altitude du district de Nyalam (Tibet) par le géologue russe Arkady Tishkov lors d’une expédition sino-russe de glaciologie. 

Photographie qui montrerait une créature naine au Tibet (Arkady Tishkov, 1991)

     Mikael Trachtentgerts a alors usé de nombreux artifices (agrandissement, détourage, désentrelacement, amélioration de la pixélisation) afin d’analyser à quoi correspondrait la forme sombre capturée à plus de cent mètres de distance par le géologue russe.

Résultats du travail photographique entrepris par Mikael Trachtengerts (alamas.ru, 2002)

Les deux portraits-robots, résultats du témoignage du nain de Morillon (Marion Colas, 1996) et de la photographie de la créature naine du Tibet (Arkady Tishkov, 1991), si l’on se permet une disposition en chien de faïence, semblent révéler de mêmes traits physionomiques : oreilles pointues, nez long et pointu, front fuyant, menton fuyant, arcades sourcilières prononcées, etc.

            Créature naine du Tibet (1991)             vs                Nain velu de Morillon (1996)

                 Quel est donc la nature exacte de ces mystérieux nains sauvages ? Des représentants purement folkloriques du « petit peuple  », farceurs carcaris ou bien alors bourrus bretous documentés par les soins de Charles Joisten et Christian Lenoël ? Ou plus simplement, sur le versant biologique, des Homo sapiens arriérés, rejetons consanguins et autres crétins des Alpes ? Le versant archéologique pourrait-il nous orienter vers des survivants des « Pygmées suisses du Néolithique » exhumés par Julius Kollmann et Jakob Nüesch en 1894 ? Ou encore des néanderthaliens reliques dont les fouilles archéologiques attestent la présence dans le massif du Vercors, à une vingtaine de kilomètres du valbonnais ? …. Le dossier reste une nouvelle fois sous instruction.

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