Par Richard Freeman

Dragons d’Asie
Sans surprise, les dragons modernes sont également signalés en Asie.
Le 8 aoĂ»t 1934, un squelette de presque 10 mĂštres de long a Ă©tĂ© trouvĂ© parmi les roseaux Ă Yingkou, dans la province du Liaoning, dans le nord-est de la Chine. Les restes avaient 28 vertĂšbres et un crĂąne avec de longues cornes. Il a Ă©tĂ© exposĂ© sur une jetĂ©e locale et le public a considĂ©rĂ© qu’il s’agissait du squelette d’un dragon. Un journal local Sheng-ching Shih-pao a publiĂ© plusieurs articles Ă ce sujet. Les restes ont ensuite Ă©tĂ© conservĂ©s dans une Ă©cole, mais semblent avoir disparu pendant la Seconde Guerre mondiale.

En 1944, des centaines de personnes ont vu une crĂ©ature dâune douzaine de mĂštres de long, noire, comme un lĂ©zard, couchĂ© sur une plage de sable prĂšs du village de Chenj iaweizi, dans la province de Jilin. Il Ă©tait couvert d’Ă©cailles et avait des moustaches.


DĂ©crit cette fois de la taille dâune maison, avec un long cou, Ă©cailleux, un dragon vert avec des dents formidables aurait mangĂ© des pĂȘcheurs et du bĂ©tail dans un lac au Tibet. Dans les annĂ©es 1940, il aurait attaquĂ© un homme dans un bateau Ă rames, attirant Ă la fois l’homme et le bateau sous l’eau. Jiao Jiao, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la rĂ©gion, et deux amis ont vu la bĂȘte au dĂ©but des annĂ©es 1970. Ils l’ont dĂ©crit comme ayant un corps en forme de bĆuf de la taille d’une piĂšce avec un long cou. Ils l’ont observĂ© pendant plusieurs minutes. En 1980, il aurait tuĂ© et mangĂ© un yak appartenant Ă un officiel du parti communiste local qui avait attachĂ© son animal au bord du lac.
En mai 2003, David Nardiello enseignait l’anglais au lycĂ©e Nigshimozu dans la ville de Watagh Shinke-Cho, Osaka, Japon. Il rentrait chez lui Ă vĂ©lo tard dans la nuit sous une pluie battante. Le torrent avait fait dĂ©border une piscine dans certaines riziĂšres Ă proximitĂ©. Nardiello a vu un animal blanc sortir de l’eau et se tourner pour le regarder. Il avait un long cou et une tĂȘte de serpent avec des yeux noirs de requin et des crocs. Le corps et la queue Ă©taient semblables Ă celles dâun lĂ©zard tandis que les quatre pattes ressemblent Ă celles dâun chat. L’animal avait des ailes « en cuir » et sans plumes. Il a volĂ© dans les airs Ă une hauteur de trente mĂštres, et Nardiello – de plus en plus effrayĂ©- a pĂ©dalĂ© jusquâĂ sa maison aussi vite qu’il le pouvait.
Plus tard cette nuit-lĂ , il l’observa voler Ă travers le ciel nocturne depuis son appartement. Il a demandĂ© Ă ses voisins s’ils l’avaient vu, mais aucun ne l’avait aperçu. Certains ont cependant dit qu’ils avaient entendu des cris bizarres dans les champs pendant quelques nuits. Son collĂšgue Kato Sensi l’a surnommĂ© Nekohebitori ou « chat, serpent, oiseau ». Nardiello Ă©tait fermement convaincu que l’animal Ă©tait un prĂ©dateur et qu’il Ă©tait dangereux.


Un autre cas Ă©trange vient du lac Chini au sud-est de Pahang en Malaisie. L’ingĂ©nieur britannique Arthur Potter, son commis – Inch Baharuddin bin Lajan – et deux ouvriers nommĂ©s Lajan et Malik, ont tous vu une crĂ©ature ressemblant Ă un dragon en mai 1959. M. Potter a affirmĂ© qu’il Ă©tait dans sa maison-pĂ©niche sur le lac vers 22h30 quand il sâest mis Ă pleuvoir. La pluie a cessĂ© – puis a recommencĂ©. Il a racontĂ©:
« Puis nous avons vu le toit du bateau, en feuilles sĂ©chĂ©es, se soulever et j’ai criĂ© Ă Baharudd dâallumer la torche. Le toit Ă©tait Ă environ 2 mĂštres 50 du plancher du bateau. Lorsque la torche a Ă©tĂ© braquĂ©e, nous avons vu un trou bĂ©ant dans le toit de prĂšs de 1 mĂštre de diamĂštre. Et nous avons vu, aussi, un Ćil rouge qui nous regardait au travers. Il Ă©tait de la taille d’une balle de tennis.
Nous ne pouvions pas en voir davantage, car la torche n’Ă©tait pas trĂšs puissante et le toit barrait la vue. Quelle que fut cette chose, elle ressemblait exactement Ă la couleur du toit. Elle a ensuite disparu de notre vue. Nous avons tous pensĂ© que c’Ă©tait un Ă©norme serpent et on nâen a pas fait grand cas jusquâau matin suivant quand nous avons trouvĂ© les marques laissĂ©es par le monstre quand il Ă©tait ressorti de lâeau.

En partant depuis la berge, nous avons trouvĂ© des traces de plus de 5m de large. Il semblait que quelque chose de visqueux Ă©tait passĂ© sur ce sol. Les traces ont continuĂ© sur seulement 1 m 50, puis se sont arrĂȘtĂ©es. Mais nous les avons retrouvĂ©es Ă nouveau Ă plus de 100 mĂštres. Ils Ă©taient de la mĂȘme largeur, mais continuaient sur 50 mĂštres «
L’observation a valu Ă M. Potter le surnom de «Dragonwick».
Au dĂ©but des annĂ©es 1960, une Ă©quipe d’hommes-grenouilles de la Royal Air Force a plongĂ© dans le lac, mais n’a rien trouvĂ©.
L’explorateur Stewart Wavell a visitĂ© le lac Chini dans les annĂ©es 1960, et a Ă©tĂ© informĂ© de l’ancienne pratique de sacrifice humain dĂ©diĂ©s au culte du dragon, ayant lieu autour d’un grand pilier rocheux qui dĂ©passe hors des eaux. Ces sacrifices Ă©taient censĂ©s pacifier le dragon. Un de ses guides, Che Yang, lui a parlĂ© d’une grande inondation qui avait frappĂ© la ville de Pekan quelques annĂ©es auparavant. Beaucoup de gens s’Ă©taient demandĂ© si câĂ©tait le dragon qui exigeait des sacrifices, mĂȘme s’ils n ‘Ă©taient plus pratiquĂ©s depuis des gĂ©nĂ©rations. Un jour, une fille faisant sa lessive sur le lac, est tombĂ©e de son radeau et s’est noyĂ©e. On a remarquĂ© que les eaux se sont immĂ©diatement reculĂ©es. Les citadins croyaient que le dragon Ă©tait maintenant satisfait – aprĂšs avoir pris sa victime.


Un autre dragon hanterait le Tasek Bera un autre lac Malaisien.
Ă la fin des annĂ©es 1950, un officier de la police malaise est allĂ© nager dans le lac. AprĂšs avoir amarrĂ© son bateau Ă cĂŽtĂ© de Tanjong Keruing – un petit promontoire – il a plongĂ© dans l’eau. En regardant en arriĂšre par-dessus son Ă©paule, il a vu un Ă©norme cou s’Ă©lever au-dessus d’un bouquet de mauvaises herbesflottante Ă une trentaine de mĂštres de distance. Deux courbes grises argentĂ©es apparaissaient derriĂšre le cou. PaniquĂ©, l’homme a nagĂ© jusqu’au bateau, et a pagayĂ© aussi vite qu’il le pouvait. En regardant en arriĂšre une derniĂšre fois, il a vu le monstre le regarder fuir.

Le commandant de l’homme a transmis son rapport Ă Stewart Wavell, qui Ă©tait aussi producteur pour la radio malaisienne. Wavell fut tellement impressionnĂ© par le tĂ©moignage et les dĂ©tails donnĂ©s qu’il se rendit au lac en 1957 dans l’espoir d’enregistrer le cri de l’animal qui ressemblait disait-on Ă un barrissement dâ Ă©lĂ©phant.
Wavell a Ă©tabli son camp avec ses deux guides sur Tanjong Keruing. Alors qu’il prĂ©parait son magnĂ©tophone et sa camĂ©ra, le cri du monstre a retenti de l’autre cĂŽtĂ© du lac :
« Un seul cri staccato parti du milieu du lac… C’Ă©tait une sorte de soufflet reniflant, strident, strident comme la sirĂšne d’un navire, le cri dâunĂ©lĂ©phant, et le rĂąle dâun lion de mer tout en un. «
Quand il a allumĂ© son magnĂ©tophone, le cri sâest arrĂȘtĂ©..
En 1962, une expĂ©dition De la R.A.F a visitĂ© le lac mais n’a trouvĂ© aucun monstre.


Le 18 aoĂ»t 1901, le premier officier F. Wolfe qui travaillait pour le service des douanes chinoises se trouvait au large de l’Ăźle Tai Yue Shan, Hong Kong. Il a repĂ©rĂ© un animal ressemblant Ă un dragon, entortillĂ© sur la surface de la mer qui maintenait sa tĂȘte Ă environ un mĂštre au-dessus de l’eau. La crĂ©ature possĂ©dait une crĂȘte sur son crĂąne, et deux nageoires qui partaient de la base du cou. Wolfe ordonna stupidement Ă son second officier V. Kuster et Ă dâautres marins, de tenter de tuer lâanimal avec un harpon. Mais le serpent a attrapĂ© une des rames et lâa propulsĂ©e Ă une quinzaine de mĂštres hors de l’eau avant de plonger et de disparaĂźtre. Les hommes ont estimĂ© sa longueur Ă douze Ă quinze mĂštres.

Une autre sĂ©rie d’observations avait eu lieu Ă dans la baie dâAlong, sur la cĂŽte du Vietnam quatre ans auparavant. La canonniĂšre française Avalanche a rencontrĂ© Ă plusieurs reprises des reptiles ressemblant Ă des dragons dans cette baie parsemĂ©es dâ’Ăźles sur la cĂŽte du Tonkin. La premiĂšre rencontre se dĂ©roula en juillet 1897. Le capitaine du navire, le lieutenant de vaisseau LagrĂ©sille raconte l’histoire, parue initialement le 5 novembre 1898 dans le jounal « Le courrier dâHaiphong »

«Au mois de juillet dernier (1897), l’Avalanche apercevait pour la premiĂšre fois, au large de La baie dâAlong, deux animaux de forme bizarre et de grandes dimensions; leur longueur fut Ă©valuĂ©e Ă environ 20 mĂštres, et leur diamĂštre de 2 Ă 3m. La particularitĂ© de ces animaux Ă©tait que leur corps n’Ă©tait pas rigide comme celui des cĂ©tacĂ©s connus, mais prĂ©sentait des mouvements ondulatoires semblables Ă ceux d’un serpent, mais dans le sens vertical. Un canon-fut armĂ© et un coup tirĂ© Ă 600 mĂštres, distance lĂ©gĂšrement trop courte. AussitĂŽt ils plongĂšrent en soufflant bruyamment et laissant Ă la surface un remou analogue Ă celui des brisants. Ils n’ont pas rĂ©apparu, on avait cru apercevoir leur tĂȘte, qui fut jugĂ©e petites dimensions.
Cet Ă©pisode nâĂ©tait que le premier dâune sĂ©rie de rencontre entre lâĂ©quipage de lâAvalanche et ces mystĂ©rieux animaux. LagrĂ©sille, toujours pour le Courrier dâHaiphong poursuit son rĂ©cit :
Le 15 fĂ©vrier de cette annĂ©e (1898), en traversant la baie de Fai-tsi-long, j’ai aperçu des animaux similaires Ă nouveau. AussitĂŽt, je leur ai donnĂ© la chasse et fis armer les canons-revolvers. Plusieurs coups furent tirĂ©s sur l’un d’eux, Ă des distances de 300 et 400 mĂštres, et au moins deux projectiles lâatteignirent sans avoir l’air de lui faire le moins de mal, les obus Ă©clatant Ă la surface. J’ai cherchait aussi Ă lâ atteindre avec l’avant du bĂątiment, mais sa vitesse Ă©tait supĂ©rieure Ă celle de lâAvalanche. Chaque fois, cependant, que cet animal arrivait dans des petits fonds, il rebroussait chemin, ce qui me permettait de gagner du terrain sur lui et ce qui prouva ses fortes dimensions. Il Ă©mergeait frĂ©quemment, et on a toujours remarquĂ© ses mouvements ondulatoires. Chaque Ă©mersion a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ©e d’un jet d’eau, ou plutĂŽt d’une vaporisation d’eau faite par un souffle fort, Ă lâencontre des souffleurs ordinaires qui aspirent de l’eau, et la lancent Ă une certaine hauteur.



La couleur de l’animal Ă©tait grise avec plusieurs nageoires noires. Il Ă©tait facile de le suivre Ă cause de son souffle, qui a formĂ© des cercles de 4 Ă 5 mĂštres de diamĂštre sur la surface de la mer, qui Ă©tait alors parfaitement calme. Ă un moment jâai pensĂ© lâavoir atteint. La poursuite a continuĂ© pendant une heure et demie et a dĂ» ĂȘtre abandonnĂ© car la nuit tombait
Lagresille a tout Ă fait tort d’affirmer que les baleines aspirent de l’eau et lâexpulse. Le souffle d’une baleine est en fait de l’air (et un peu d’eau) qui s’accumule dans une cavitĂ© concave et qui est crachĂ© quand les baleines font surface pour respirer. Lagresille est invitĂ©, une semaine aprĂšs sa derniĂšre observation, Ă une rĂ©ception organisĂ©e par l’amiral de la BedolliĂšre, donnĂ©e en l’honneur de Paul Doumer, gouverneur gĂ©nĂ©ral d’Indochine puis prĂ©sident de la France. En entendant son histoire, beaucoup de ses collĂšgues officiers ont toussĂ©, mais Lagresille a Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ© dĂšs le lendemain.

Il a invitĂ© plusieurs des contradicteurs Ă visiter l’archipel de Fai-tsi-long sur l’Avalanche. Pendant le dĂ©jeuner, il a Ă©tĂ© signalĂ© que les deux dragons de mer Ă©taient revenus. Ils se sont tous prĂ©cipitĂ©s sur le pont, et lĂ devant des yeux sceptiques, les monstres ont nagĂ© Ă environ 200 mĂštres. Lagresille :
« Nous avons donnĂ© la chasse Ă l’un d’eux pendant trente-cinq minutes, et Ă un moment particulier, nous l’avons vu clairement Ă 200 mĂštres de la proue, flottant horizontalement. Il a eu trois ondulations fluides, terminĂ©es avec l’apparition de sa tĂȘte, qui ressemblait beaucoup Ă celle dâun phoque, mais deux fois la taille normale. Nous ne pouvions pas voir si elle avait un cou, ou sâil faisait partie du corps, de dimensions relativement beaucoup plus grande.: c’Ă©tait la seule fois oĂč nous avons vu onduler le corps en continu. Jusque-lĂ , nous aurions pu penser que ce que nous les avons pris pour des bosses apparaissant successivement: mais d’aprĂšs le tĂ©moignage de tous les tĂ©moins le doute n’est plus permis, car, avant qu’ils nâ apparaissent, nous avons vu l’animal Ă©merger sur toute la longueur de son corps. Deux des officiers prĂ©sents possĂ©daient une camĂ©ra : ils auraient dĂ» l’utiliser Ă ce moment-lĂ , mais ils ont Ă©tĂ© tellement surpris par ce qu’ils ont vu, que lorsqu’ils ont pensĂ© prendre des photos, l’animal a plongĂ©, pour ensuite s’Ă©loigner beaucoup plus loin avec des conditions beaucoup moins claires et dĂ©favorables Ă la prise d’une photo.
Pour rĂ©sumer, les animaux vus par l’Avalanche ne sont pas connus. Leur longueur est d’environ 20 mĂštres (minimum), leur couleur est grise et noire, leur tĂȘte ressemble Ă celle d’un phoque, et leur corps est soumis Ă des ondulations parfois trĂšs marquĂ©es : enfin, leur dos est recouvert d’une sorte de dents de scie qui enlĂšve toute ressemblance avec les cĂ©tacĂ©s connus; comme ces derniers ils rĂ©vĂšlent leur prĂ©sence en soufflant bruyamment, mais ils ne projettent pas un jet d’eau inhalĂ©e comme des baleines; c’est plutĂŽt leur respiration violente qui provoque une sorte de vaporisation de l’eau qui est Ă©jectĂ©e et pas un jet. Sans aucun doute, ces animaux, connus et craints par les Annamites, ont dĂ» donner l’idĂ©e du Dragon, qui a Ă©tĂ© modifiĂ© et amplifiĂ© par la lĂ©gende, que lâon retrouve dans l’emblĂšme national. «
Il adressa Ă l’amiral de la Bedolliere un rapport de ce qu’il avait vu. L’amiral rĂ©pondit immĂ©diatement Ă Lagresille et s’excusa d’avoir doutĂ© de sa parole. Il voulait maintenant un effort concertĂ© pour capturer un spĂ©cimen de l’espĂšce avec les canonniĂšres. Le plan Ă©tait d’en chasser un dans les eaux peu profondes oĂč il se serait Ă©chouĂ© et pourrait ĂȘtre capturĂ©. Une crise diplomatique avec la Chine a a annulĂ© ce projet..

Quelques annĂ©es plus tard, mĂȘme rencontre, au mĂȘme endroit. Le lieutenant L’Eost fait un rapport officiel au contre-amiral de Jonquieres d’un monstre qu’il a vu depuis la canonniĂšre La DecidĂ©e en mai 1903 :
Ce jour-lĂ , la canonniĂšre La DĂ©cidĂ©e avait appareillĂ© pour un exercice sous le commandement du lieutenant de vaisseau L’Eost.
Dans l’aprĂšs-midi, Ă la hauteur d’un Plot baptisĂ© « La Noix », l’attention de l’Eost fut attirĂ©e par une tache noire gisant Ă 300 mĂštres Ă bĂąbord du navire.
– Sans doute un banc de roches qui n’est pas marquĂ© sur la carte, pensa L’ Eost.
Il décida de réparer cette omission et mit le cap sur les roches inconnues.
– Curieux, dit le docteur Lowitz qui se tenait aux cĂŽtĂ©s de L’Eost sur la passerelle, on dirait une tortue.
– Une Ă©norme tortue, alors, si votre hypothĂšse est exacte, rĂ©pondit L’Eost.
Les deux hommes avaient saisi leurs jumelles. Cette roche était curieuse en effet. Des algues paraissaient en couvrir la surface, évoquant des écailles. La couleur était jaune foncé.
– Une Ă©norme tortue, rĂ©pĂ©tait L’Eost.
Ils allaient ĂȘtre fixĂ©s.



La DĂ©cidĂ©e approchait. Un canot avait Ă©tĂ© armĂ©, prĂȘt Ă ĂȘtre mis Ă l’eau. Tous Ă bord gardaient un silence tendu.
Comme si la mer s’Ă©tait retirĂ©e brusquement, d’autres rochers apparurent, sur une mĂȘme file, mais trĂšs prĂšs les uns des autres, sĂ©parĂ©s par une distance d’un mĂštre Ă un mĂštre cinquante.
– Ils remuent !
Cette exclamation du timonier Sourimant ne traduisait pas une impression, mais bien une rĂ©alitĂ© car les rochers se dĂ©plaçaient, en effet, animĂ©s d’une sorte de translation horizontale.
– Un mouvement sismique… murmure L’Eost.
C’Ă©tait une hypothĂšse acceptable. Toutefois, il Ă©tait Ă©tonnant que la mer restĂąt calme, hormis un lĂ©ger remous causĂ© par le dĂ©placement des rochers.
Quelques secondes s’Ă©coulĂšrent encore. L’Eost avait donnĂ© l’ordre de stopper les machines. Il ne croyait plus au mouvement sismique, mais Ă la prĂ©sence d’un ou plusieurs animaux dont il imaginait mal l’espĂšce.
– Je mets Ă l’eau le canot, commandant ?
L’Eost n’eut pas le temps d’en donner l’ordre. Les rochers venaient de subir une fantastique mĂ©tamorphose. Aux yeux stupĂ©faits de l’Ă©quipage de la canonniĂšre, apparaissait une masse allongĂ©e, ondulant sur une longueur de vingt mĂštres et Ă©voquant un Ă©norme reptile Ă la peau rugueuse, de couleur brune.
La tĂȘte restait invisible. Soudain, le serpent disparut.


– Vous avez vu, commandant? demanda un matelot.
L’Eost ne rĂ©pondit pas Ă la question naĂŻve.
– Ce qui m’Ă©tonne, dit enfin le docteur Lowitz, c’est que je n’ai pas aperçu la tĂȘte.
– Il m’a semblĂ© la distinguer, dit L’Eost. Elle Ă©tait plate et triangulaire.
Les deux hommes guettaient la surface de l’eau, dans l’espoir d’une seconde apparition.
– LĂ -bas !
A 150 mĂštres de la canonniĂšre, prĂ©cĂ©dĂ© d’un tourbillon d’Ă©cume, le corps rugueux surgissait de nouveau, comme une Ă©nigme posĂ©e sur la mer. Cette fois il avançait avec rapiditĂ©.
– La tĂȘte !
Elle avait Ă©mergĂ© brusquement. On discernait le crĂąne triangulaire, l’oeil plissĂ©. Le diamĂštre de la tĂȘte Ă©tait de 80 centimĂštres environ. Elle soufflait un fin jet d’eau vaporisĂ©e.
– Il vient vers nous !
L’animal ondulait en direction de la canonniĂšre qu’il ne semblait pas voir. L’Ă©quipage eut le loisir de l’observer, comme une illustration d’une lĂ©gende de la mer qui s’animerait sous leurs yeux, la lĂ©gende de ce serpent de mer dont le nom fit trembler des gĂ©nĂ©rations de marins, mais qui, en cette occurrence, semblait inoffensif.
Il plongea Ă l’arriĂšre de la coupĂ©e, surgit de nouveau quelques secondes Ă tribord. Enfin, il disparut, cette fois dĂ©finitivement.
Il s’agit d’un cas intĂ©ressant car il a de nombreux tĂ©moins, tous des marins expĂ©rimentĂ©s, qui ont observĂ© le monstre Ă partir d’un certain nombre de points de vue diffĂ©rents.


Bizarrement, l’ExtrĂȘme-Orient russe a produit des histoires aussi.
L’explorateur russe Alexander Remple a Ă©tĂ© racontĂ© de nombreuses histoires sur des crĂ©atures ressemblant Ă des dragons dans la taĂŻga. Connus par les indigĂšnes sous le nom de paymurs, ils sont dĂ©crits comme ayant des tĂȘtes comme le poisson de karissme, mieux connu sous le nom de poisson-chat wels (Silurus glanis) et les corps comme les crocodiles. Il convient de noter ici que les dragons d’ExtrĂȘme-Orient ont Ă©tĂ© dit d’avoir des barbeaux comme ceux sur le museau d’un poisson-chat.

Un homme, Anatoly Komandigu, a parlĂ© de trois chasseurs qui ont Ă©tabli leur campement prĂšs d’un monticule couvert de neige au crĂ©puscule, et ont allumĂ© un feu. Ils se sont assis avec le dos face au monticule et se sont rĂ©chauffĂ©s prĂšs du feu. Soudain, ils ont senti le monticule dans leur dos vibrer. En se tournant, il vit que le «monticule» Ă©tait un Ă©norme reptile recouvert d’Ă©paisses Ă©cailles grises et noires. Il avait les jambes courtes et une longue queue. Nul besoin de prĂ©ciser que les hommes ont fui. Trois jours plus tard, ils sont revenus pour rĂ©cupĂ©rer l’Ă©quipement laissĂ© dans la panique. Ils ont dĂ©couvert les restes d’un animal, peut-ĂȘtre la proie du dragon de cette rĂ©gion.

Alexander Remple a interviewĂ© un homme de 71 ans, Vladimir Semyonovich Kuzetsov. CâĂ©tait un chasseur chevronnĂ© dans la taĂŻga russe. Quelques annĂ©es avant la Seconde Guerre mondiale, il est tombĂ© sur ce qui semblait ĂȘtre un rituel paĂŻen exĂ©cutĂ© par des nomades de la taĂŻga. Il avait repĂ©rĂ© un feu de joie et entendu chanter. Il s’approcha tranquillement du clearing et observa un demi-cercle de personnes autour du feu, chantant des chansons dans une langue qu’il ne comprenait pas. Par le soleil couchant, il les vit accomplir des gestes incomprĂ©hensibles avec leurs mains. Ils ont commencĂ© Ă s’incliner. De la direction du coucher du soleil, il percevait quelque chose d’Ă©norme rampant hors de la forĂȘt. La forme est finalement apparue ĂȘtre un serpent noir gĂ©ant d’une dizaine de mĂštres de long. Kuzetsov croit qu’il a vu des petites pattes avant de la crĂ©ature, mais ne peut pas ĂȘtre sĂ»r. Le peuple a haussĂ© la voix dans un chant guttural et Kuzetsov a eu peur. Tournant, il s’enfuit follement Ă travers les arbres ne voyant pas la piste. Il a oubliĂ© combien de temps il a couru, mais ses mains et son visage Ă©taient couverts de coupures quand il s’est finalement arrĂȘtĂ©.



Comment les grands reptiles pourraient-ils survivre dans des climats si froids ? Nous savons que certains dinosaures ont fait face Ă des climats frais, mais rien d’aussi extrĂȘme que les hivers sibĂ©riens. L’Ă©norme tortue luth Ă dos de cuir (Dermochelys coriacea) est un reptile qui peut survivre dans les eaux froides en Ă©tant gigantothermic. Sa taille lâaide Ă conserver sa chaleur corporelle. La tortue luth n’est pas une crĂ©ature allongĂ©e comme nos dragons sibĂ©riens. Les animaux allongĂ©s font des gigantotherms beaucoup moins efficaces que les crĂ©atures de forme plus trapue comme les tortues. Peut-ĂȘtre que nos dragons hibernent et sont actifs pendant les brefs mois d’Ă©tĂ©. Mais cela n’explique pas les observations des monstres dans la glace et la neige.
Les lĂ©gendes de dragon ont beaucoup de fils tissant une tapisserie riche des lĂ©gendes remontant Ă l’Ă©poque prĂ©historique. Il semble qu’au moins certaines de ces histoires sont basĂ©es sur des rencontres avec plusieurs types de reptiles massifs inconnus de la science moderne.
FIN

Richard Freeman, membre Ă©minent du Center for Fortean Zoology, http://www.cfz.org.uk/, il est la dĂ©finition mĂȘme du cryptozoologue : un passionnĂ©, un aventurier, un Ă©crivain, un libre-penseur, quelqu’un qui consacre sa vie Ă enquĂȘter sur les mystĂšres du monde animal, aux quatre coins du monde. Son dernier ouvrage est disponible notamment ici : https://www.bookdepository.com/Adventures-Cryptozoology-Richard-Freeman/9781642500158

