Livre: « Sur les traces de l’ homme sauvage »

Les ouvrages consacrés à l ‘homme sauvage, ne sont pas très nombreux, ni fréquents, donc quand l’auteur est votre ami, comparse, votre complice dans ces enquêtes de l’étrange depuis maintenant plusieurs années, c’est une occasion rare, de se réjouir. Et plus que tout, lorsqu’il s’agit d’un travail ambitieux, rigoureux et prestigieux.

C’est donc avec un plaisir non coupable que je vais me livrer ici au difficile exercice de la critique littéraire, en présentant, à ceux qui ne l ‘ont pas encore lu, Sur les traces de l ‘homme sauvage de Florent Barrère, qui vient de paraitre aux éditions Favre.

Il suffit de parcourir ce blog, pour bien mesurer la rigueur de Florent Barrère, la précision des informations qu’il délivre, et la finesse de ses réflexions. Cet ouvrage en est la parfaite démonstration.

Une partie des textes est directement issue de nos articles, et de nos recherches publiées dans Strange Reality, cela résonne comme une validation, une reconnaissance de notre apport à ce monde mystérieux des énigmes animales et anthropologiques. Deux ans après la création de ce blog, c’est un motif de satisfaction, et de gratitude.

Florent Barrère a auparavant étudié la mythologie ancienne et moderne autour du Calmar Géant, et du Cœlacanthe, à travers des ouvrages, et des conférences.

Vous pourrez le remarquer cet ouvrage est tout sauf une somme rapide, une compilation, ou une répétition d’ anecdotes déjà connues. Sur près de 300 pages, Florent développe un véritable méthodologie d’étude de la question de l ‘homme sauvage en France, avec des arguments inédits pour une bonne part. L’approche « localiste » est ici renforcée par les attaches personnelles de Florent Barrère. Ses origines familiales, à la fois alpines et pyrénéennes, l ‘ont en quelque sorte prédestiné à développer cet intérêt et cette passion. Ainsi le témoignage ô combien précieux sur le Nain de Morillon nous parvient uniquement parce que le témoin est une amie de Florent. Il y a une véritable omerta dans notre pays sur les observations de créatures mythiques, le bouche à oreille, dans le cercle rassurant des connaissances proches et des amis ( qui vous connaissent et ne vous traiteront -peut-être- pas de dément ou de naïf) permet ce type de confidence.

Grotte des nutons, Belgique. Réunis à Dinant en 2014 par l ‘Abepar : Philippe Coudray, Christophe Kilian, Eric Joye, Florent Barrère, Charles Paxton, Jacques Erb

L’auteur lui-même, ne fait d’ailleurs pas mystère d’un événement fondateur, qui le conduit aujourd’hui à affirmer l ‘hypothèse, la tête haute, que l ‘homme sauvage est bien plus qu’une construction symbolique et imaginaire. Ce cri, ce hurlement, long, profond, effrayant, entendu en 2007 lors d’un bivouac dans la mythique forêt pyrénéenne d’Iraty, constitue à n ‘en point douter un tournant qui a modifié son approche de ce mystère. Sa rencontre jusque-là purement intellectuelle avec l ‘homme sauvage a pris alors un tour plus concret, plus crucial, et la quête savante a laissé en partie la place à une forme d’aventure intérieure pour notre plus grand bénéfice.

Une méthodologie, annoncée dès le dernière page de couverture, Il met en parallèle, les éléments folkloriques et scientifiques en tentant de concilier les deux approches. Rien de plus naturel pour un disciple de Bernard Heuvelmans, et de Boris Porchnev, mais tout de même absolument audacieux lorsque l ‘on sait comment fut traité le célèbre zoologue belge par la communauté scientifique. ( En apparence seulement, car on sait par sa correspondance privée que B.Heuvelmans était soutenu, et encouragé – en secret- par de grands pontes du Muséum d’histoire naturelle de Paris).

Donc, résolument, loin de rester concentré sur une mise en perspective de l ‘énorme folklore entourant l ‘homme sauvage en France ( ce qui nous aurait déjà suffit ), Florent Barrère amène pas à pas l ‘idée, certes toujours aussi inattendue et incongrue, mais désormais argumentée et remise dans son contexte, d’une existence réelle, actuelle, de population d’humains différents, de primates plus ou moins évolués, qui persisteraient à vivre discrètement à nos côtés, dans nos belles régions de France.

Et selon l’axe de réflexion qui lui est cher : la corrélation fossile avec des formes identifiées d’ancêtres de l ‘homme, ou de primates bipèdes. Ce taxon Lazare, comme il l ‘explique lui même aboutit en fin de compte à la proposition positive d’une identification biologique de ces possibles hommes sauvages. Pour ce faire, il s’appuie sur les quelques récits de témoins collectés, qui sont très rares dans notre pays. Un seul témoignage peut-il d’ailleurs suffire pour affirmer l ‘existence de toute une espèce ?

Florent Barrère au seuil de la grotte de Joues Noires et Mouton-bourre

Là encore, on se replace dans une démarche personnelle de Florent, une réflexion engagée, et un parti pris assumé. Ce livre est donc aussi un manifeste, la traduction d’un engagement qui ne souffre pas de demi-mesure, qui s’appuie presque autant sur la raison que sur l ‘intuition.

Ainsi ne comptez pas sur Florent, pour dissimuler ses convictions derrière le paravent de la légende, ou du conte. Le fond du propos est à n ‘en point douter cryptozoologique : c’est un appel à la découverte, à l’enquête de terrain, un appel à ouvrir les yeux, et à s’investir dans un inventaire des aspects les plus dérangeants de notre environnement naturel. D’ailleurs, ces lieux de l ‘hommes sauvage, sont , et c’est une idée lumineuse, posés sur une carte en début de chaque chapitre. Le sens du partage, pour se mettre au service d’une cause, celle de la découverte anthropologique, folklorique ou historique. Témoignages, représentations, folklores, sont remis dans leur contexte géographique, permettant au lecteur d’entamer sa propre enquête de terrain s’il le souhaite. C’est un acte de transparence, par quelqu’un qui est bien conscient de la force et de la solidité des éléments qu’il met en avant.

Une partie du tableau, pages 288- 289

Sur les traces de l ‘homme sauvage, est donc autant une revue du folklore de l ‘homme sauvage, qu’un appel à l’aventure, à la randonnée, à l’expédition de terrain, comme l’entreprennent encore aujourd’hui les cryptozoologues Christian Le Noël, Michel Ballot, Gustavo Sanchez Romero ou bien évidemment Jean-Louis Maurette.

Cet effort de digestion des éléments disparates, cette quête de sens, de compréhension est à son comble avec le tableau des différentes typologies de l ‘homme sauvage en France. C’est une démarche de classification très rare, inédite à ma connaissance, sur ce sujet. Peu importe si, à ce stade, les lecteurs que nous sommes aient du mal à saisir pourquoi le nain de Morillon et le Brabagazzi ne sont pas classés parmi les autres représentants du peuple nain. Peu importe si les pygmées suisses du néolithique, après leur découverte au début du 20ème siècle ont été rejetés par la science moderne, qui y voit aujourd’hui, des êtres tout a fait normaux mais souffrant de malnutrition. Ce qui importe ici, est qu’une voie soit ouverte, qu’il faut poursuivre, et enrichir. Mettre au point une puissante méthodologie au service de l ‘enquête anthropologique.

Car ici, Florent Barrère, dans une entreprise autant portée vers la construction, que la déconstruction, assume parfaitement de suivre ses convictions, de prendre une certaine distance avec la probabilité scientifique, car les arguments qu’il emploie sont fondés, et les éléments concerts indiscutables ( Les pygmées suisses, d’ailleurs restent problématiques et vont faire l ‘objet prochainement d’une campagne d’analyses génétiques par des archéologues suisses, preuve s’il en est que leur nature reste mystérieuse).

Alors ouvrage de tenue académique, au contenu parfois résolument scientifique certes, c’est aussi le fruit d’un travail de réflexion hors du cadre et c’est en cela que la démarche est déjà un succès. On compte sur Florent pour poursuivre dans cette voie, et continuer d’appliquer cette méthode sur ses prochains ouvrages, pour notre plus grand plaisir.

Pour prolonger la discussion l’interview de Florent Barrère réalisée par Philippe Rosset :

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