Primates mythiques du Maroc

L’Hercule Romain qui est en fait l’Erakles Grec, fils de Zeus et d’Alcmène, la mortelle, a joué entre Larache et Ceuta un rôle prépondérant dans la mythologie où tout rappelle ce héros dans la région avec les « Colonnes d’Hercule », « Le jardin des Hespérides », les « Grottes d’Hercule », ou sa lutte contre le géant « Antée ». Article

Positionné sur une double façade maritime, méditérannéenne et atlantique, le Maroc est une terre de légendes, fruits d’une histoire aussi riche qu’ancienne. Le corpus mythologique impressionnant est le résultat de la coexistence successive des cultes animistes berbères, du paganisme gréco-romain, du judaïsme et du christianisme primitif.

La mythologie marocaine se caractérise par son syncrétisme culturel unique, et aujourd’hui il repose sur trois strates histroriques principales : Le fonds amazigh (berbère), base de toutes les croyances, centrée sur le sacré de la nature et le monde invisible. L’apport gréco-romain et phénicien : L’intégration de figures mythologiques universelles (comme Atlas ou Hercule) réadaptées au paysage local. L’assimilation arabo-islamique : La transformation des anciens dieux et esprits en Djenoun (djinns) ou en Malika (esprits rois/reines), et la sacralisation des figures païennes sous la forme de saints (marabouts).

Nous allons nous attacher aux traditions et coutumes reliant des animaux bien réels de ces terres, les singes, ou plutot le singe car une seule espèce est présente, le magot ou macaque de Barbarie, à celles qui apparaissent dans les récits légendaires amazigh, et dans certains témoignages modernes : de grands singes mythiques ou inconnus, finalement assez proches des hommes sauvages présents dans d’autres cultures.

Nous pouvons partir de ce témoignage, recueilli par Luke Chisel, publié récemment. Un homme nommé Ammon se remémore ce souvenir étrange :

 Un jour quand j’ étais jeune, près de la lisière de la forêt, j’ai rencontré également l’autre singe qui est beaucoup plus gros et très rare. Après quoi je n’ai jamais aperçu un autre spécimen ». Chisel lui a demandé plus d’information et Ammo a répondu que l’autre singe faisait la taille moyenne d’une personne se tenant debout. Il ne l’a jamais rencontré de nouveau mais il a discuté avec l’ancien d’un village qui l’avait aperçu aussi par deux fois.

Les relief montagneux et les forêts au Maroc se trouvent principalement dans ce qui est appelé la zone verte dans la massif du moyen Atlas.

Ifrane

Le Maroc est peut-être lié aux primates mystérieux depuis l ‘antiquité. L’explorateur carthaginois Hannon le Navigateur a exploré la côte de l’Afrique vers 500 av. J.-C. Son récit de voyage en grec mentionne les Górillai, un groupe de « femmes sauvages et poilues ». En 1847, le naturaliste Thomas Savage a repris ce mot pour nommer le genre des gorilles. Voici le témoignage original de Hannon : Le troisième jour après notre départ de là, ayant traversé des fleuves de feu, nous arrivâmes à un golfe appelé Corne du Sud. Au fond de ce golfe se trouvait une île, semblable à la première, contenant un lac, et dans ce lac il y avait une autre île remplie d’hommes sauvages. La majorité d’entre eux étaient des femmes aux corps velus, que nos interprètes appelaient Górillai. En les poursuivant, nous n’avons pu attraper aucun mâle. Ils s’enfuirent tous, grimpant facilement aux rochers et se défendant avec des pierres. Cependant, nous avons capturé trois femmes. Comme elles refusaient de nous suivre, mordant et griffant ceux qui les menaient, nous les avons tuées et écorchées, puis nous avons rapporté leurs peaux à Carthage. Les vivres venant à manquer, nous n’avons pas navigué plus loin.

Deux théories s’opposent sur la destination finale du voyage de Hannon, lorsqu’il a aperçu ces créatures, lieu que le navigateure situe sur une île au fond d’un golfe appelé la « Corne du Sud ». Un théorie, défendue par B. Heuvelmans, et par de nombreux historiens modernes doute des capacités techniques des navires antiques à remonter les courants contraires du golfe de Guinée. Selon eux, le voyage n’a jamais dépassé le sud du Maroc. Une autre théorie, c’est l ‘interprétation classique, affirme qu’Hannon a longé toute la côte ouest-africaine jusqu’au golfe de Guinée. La Corne du Sud correspondrait au Gabon ou à la Sierra Leone, lieu de la rencontre avec les fameux « gorilles ».

Aujourd’hui, en dehors de Sapiens, le seul primate présent au Maroc, est donc le macaque de Barbarie, appelé également singe magot. Il n ‘est pas un bon candidat pour l ‘observation de Hannon, mais son ancêtre disparu il y a environ 500 000 ans aurait pu l’être. Lui avait jadis prospéré justement dans le massif de l ‘Atlas :  Theropithecus Oswaldi.

macaque de Barbarie, singe magot

Theropithecus Oswaldi était aussi imposant qu’un gorille actuel.

Des témoignages, ou des éléments de la culture amazigh témoignent ils d’espèces de singes diiférents du petit singe magot ?

Léonce Joleau, géologue et paléontologue, se penche sur cette hypothèse dans Le rôle des singes dans les traditions populaires nord-africaines publié en 1931.

Extrait : Dans le Sous existerait une autre espèce de Singe que le Magot ou Zaiadûd : les AïtbouAmran (du pays entre Tiznit et l’Oued Noun) et les Ida u Semlal (du Nord du Tazeroualt) nommeraient cet animal, inconnu des naturalistes, Famrrťi a. Ce Primate sans queue serait plus gros que celui pourvu d’un appendice caudal et nommé par les Soussi Qermud, Iqermuden, terme qui a été rapproché de l’arabe bjb. De telles données linguistiques paraissent témoigner de l’existence, dans l’Extrême-Sud-Ouest du Maroc, vers la lisière méridionale de la savane d’arganiers à faciès si curieusement africain, de plusieurs types de Simiens, dont peut-être un Cercopithèque. Il semble bien en tout cas que des représentants de ce genre essentiellement éthiopien remontent vers le Nord, dans le Sahara soudanais occidental, jusqu’au Tagant ».

Il évoque une légende particulièrement répandue au Maroc, qui porte un nom magnifique : La cité des Singes. A. Mouliéras dans Le Maroc inconnu,publié en 1899; ( Tome2) nous explique qu’une tradition populaire très répandue dans le Nord du Maroc annonce qu’il existe quelque part en cette contrée « une ville de Singes » : les animaux de cette cité « qui vivent et se gouvernent comme des hommes », sont très redoutés par la population.

Mouliéras localise cette ville au Sud-Ouest du Rif, l’autre massif montagneux marocain, dans les monts des Kétama (bien connus pour la production de chanvre). Le djebel el Qrouda « la montagne des Singes », étaient censés être habités par des Quadrumanes’ « grands comme des Gorilles, qui tuaient à coups de pierre les voyageurs isolés ». Souvent à la veillée, il avait été question, devant le derviche informateur de A. Mouliéras, d’une mdinatel Qrouda, d’une « ville des Singes », dont l’évocation emplissait de terreur tout le pays Kétama.

Kétama aujourd’hui

Dans les récits oraux de la chaîne du Rif (nord du Maroc), subsisterait une tradition concernant des singes au pelage blanc ou très clair, vivant au plus profond des forêts de sapins ou de chênes-lièges. Dans le folklore local, croiser un singe blanc est un événement hautement mystique. Contrairement au Qerd ( singe) classique (qui est maudit), le singe blanc est souvent perçu comme un Chikh (un sage ou un saint homme) métamorphosé positivement, ou comme la forme visible d’un Jinn (génie) gardien de la forêt. Il s’agit d’une créature insaisissable que l’on ne cherche pas à chasser

Ahmed Sefrioui (1915–2004) est l’un des pères fondateurs de la littérature marocaine d’expression française. À travers une œuvre profondément empreinte de culture traditionnelle, il a été le premier à peindre de l’intérieur le quotidien, la spiritualité et l’imaginaire du Maroc du début du XXe siècle. Notamment son ouvrage Le Jardin des sortilèges ou le Parfum des légendes publié en 1989, dédié à la retranscription et à la sublimation des contes merveilleux traditionnels de la littérature orale marocaine. Le singe y revêt pleinement sa stature fantastique. Sefrioui y répertorie les récits populaires où le singe est le produit d’une métamorphose punitive (Masra), se comportant comme un homme sauvage, un ravisseur passionné ou un rival doté d’une force surhumaine

Contrairement à d’autres auteurs de sa génération plus engagés politiquement ou axés sur la révolte sociale comme Driss Chraïbi , Sefrioui choisit d’être un ethnologue de l’âme marocaine. Il est fasciné par Le monde invisible (l’ghayb), les djinns et les sortilèges,
le folklore populaire, incluant les légendes d’animaux et de métamorphoses.

Dans les contes traditionnels transcrits par des auteurs comme Ahmed Sefrioui ou collectés dans le Souss, le singe mythique quitte son statut d’animal pour devenir un acteur de contes fantastiques, souvent doté d’une force herculéenne et de désirs humains. Une histoire populaire marocaine répandue surnommée « le rapt des tisseuses » raconte qu’un grand singe sauvage des montagnes s’est introduit dans un village pour enlever une jeune femme. Il l’emmène dans sa grotte non pas pour la dévorer, mais pour qu’elle lui tisse des tapis ou lui prépare à manger.

Émile Laoust (1876-1952) était un linguiste et ethnologue français, considéré comme l’un des pionniers incontournables des études berbères au Maroc au début du XXe siècle, il a documenté dans Mots et choses berbères (1920), les riches traditions orales et les tabous liés aux animaux au Maroc. Prononcer le nom direct du singe (le magot ou un autre primate) relève souvent d’un tabou linguistique par crainte d’attirer le mauvais sort ou en raison de sa « vilaine figure » anthropomorphe. Les populations locales utilisent des périphrases ou des noms de substitution (comme des termes totémiques ou des noms assimilés) pour éviter de le désigner ouvertement. Le singe symbolise parfois une métamorphose dégradée de l’humain ou un être à part doté d’une familiarité troublante avec l’homme. Dans ces cahiers de collectes, il est mentionné que dans les montagnes escarpées autour de Taza, le singe sauvage n’est pas vu comme un animal ordinaire, mais comme un être humain déchu porteur d’une mauvaise influence (Choum). Les habitants évitaient de prononcer son nom de peur de provoquer des glissements de terrain ou de perdre leur bétail.

Tamza

Tamza (ou Teryel selon les dialectes) est la figure mythologique la plus célèbre du folklore amazigh. Dans les contes populaires oraux, la Tamza est une ogresse décrite comme extrêmement velue, sauvage et simiesque. Cette ogresse terrifiante incarne les peurs ancestrales, mais elle est aussi un personnage complexe, parfois piégée par plus rusé qu’elle. Émile Laoust a répertorié ses différents noms dans ses recueils de Contes berbères du Maroc publiés en 1949.

Les récits traditionnels racontent que l ‘ogresse n ‘est seule dans les formations rocheuses autour de Taza et d’Al Hoceïma, d’ailleurs plusieurs lieux-dits portent des noms liés à cette créature (comme Azrou n Tamza – le Rocher de l’Ogresse). Il s’agissait à l’origine d’humains normaux qui, suite à une malédiction, sont devenus des monstres cannibales habitant les montagne reculées.  

la littérature coloniale et les rapports militaires du début du XXe siècle font parfois état de rumeurs sur La Bête de Taza, une créature non identifiée dans la région de Taza, au nord-est du Moyen Atlas. Certains bergers le décrivaient comme un « singe-ours » ou un grand babouin vivant dans les parois rocheuses escarpées et inaccessibles. Bien que la science n’ait jamais validé l’existence d’une seconde espèce de primate au Maroc, cette rumeur a longtemps persisté dans les récits de chasseurs de la région. Les récits locaux parlaient d’une sorte de grand singe terrestre, beaucoup plus massif, agressif et solitaire que le macaque de Barbarie traditionnel.

Beaucoup y voit une description de l ‘ours brun de l ‘Atlas, une étude récente intitulée L’histoire récente de l’ours brun au Maghreb, démontre que la région de Taza est au cœur de l’histoire du dernier grand prédateur mystique d’Afrique du Nord. Disparu au 19ème siècle, l’ours brun local a finit par se refugier dans les montagnes les plus escarpées,

L’Ours de l’Atlas a fini par s’éteindre à l’époque historique (les derniers témoignages visuels crédibles au Maroc datent du XIXe siècle). Dans la mémoire des bergers de Taza, le souvenir d’un gros animal velu, capable de se tenir debout sur ses pattes arrière et vivant dans les grottes, aurait pu progressivement « fusionner » avec le mythe d’un très grand singe terrestre inconnu, créant ainsi la légende d’une bête cryptide locale.

D’après les témoignages datant des XVIIIe et XIXe siècles, l’ours de l’Atlas était plus petit que les autres ours bruns, 2,7 mètres avec un museau plus plat et une fourrure presque noire.
Les premières descriptions scientifiques de l’animal datent du XVIIIe siècle, mais la population était alors déjà très réduite car les ours avaient été chassés de leurs habitats.

L’ours brun de l’Atlas éteint, qu’a pu donc observer Soufian en 2004, dans sa maison de
Al Aaroui, Nador, peu avant minuit. Un témoignage recueilli par l’enquêteur en paranormal britannique Dave Obrien : Soufian a regardé par l’ouverture de sa chambre vers la porte de la chambre de ses parents. Se tenait là dans l’ouverture un être étrange, qui le regardait directement.L’être faisait autour de 1,5 mètres de haut, il avait une forme humanoïde et apparaissait être dépourvu de vêtements. Son corps semblait être couvert d’une fourrure soyeuse de couleur marron clair. Cette fourrure descendait sur ses mains directement. Aucuns doigts n’étaient visibles. La créature avait de grands yeux noirs arrondis que Soufian a décrits comme « sans vie et sans âme ». Elle avait de très petites narines et son nez n’était pas très prononcé. Sa bouche était ouverte, exposant des dents pointues de couleur blanc pâle. Aucunes oreilles n’étaient visibles de l’avant. Bien qu’il ait eu un aperçu net de la créature, Soufian étrangement ne se rappelle pas avoir vu de pieds. Après un moment, l’être a commencé à se déplacer vers Soufian. Il semblait flotter à une courte distance au-dessus du sol. Ses bras et ses jambes pendaient et ne se balançaient pas d’avant en arrière. Soufian a commencé à paniquer lorsque l’être s’est rapproché de lui.

On peut en convenir, difficile de se baser sur ces maigres témoignages pour conclure à une présence réelle de primates inconnus, alors pour finir nous allons revenir vers la science qui elle aussi accorde une place de choix au Maroc dans l ‘histoire de l ‘humanité.

Le Maroc a bouleversé la chronologie de l’histoire humaine grâce à deux sites archéologiques majeurs. La découverte de restes d’Homo sapiens datés de 300 000 ans à Jebel Irhoud :* a repoussé nos origines de 100 000 ans, prouvant que notre espèce a émergé de manière globale sur le continent africain, et particulièrement au Maroc. Des fossiles pré-humains exceptionnels ont été datés à 773 000 ans, dans un site près de Casablanca, comblant un fossé évolutif immense et représentant potentiellement le dernier ancêtre commun entre nous, Néandertal et l’Homme de Denisova.

Grotte de Magara Sanar

Haut Atlas Yagour

La province dIfrane, située au cœur du Moyen Atlas, n’est pas seulement le refuge actuel du macaque de Barbarie ; c’est aussi une zone archéologique de premier plan pour comprendre la Préhistoire de l’Afrique du Nord. ( Les Grottes de Tizguite, Le site de Michlifen et de l’Abri de Tidrit). Des peintures rupestres et tumuli préislamiques, prouvant que les plateaux de l’Atlas étaient habités par des populations de chasseurs-cueilleurs puis de premiers pasteurs qui partageaient quotidiennement leur environnement avec les grands troupeaux de singes magots de l’époque. Alors que les fouilles d’Ifrane démontrent que les humains et les singes magots ont cohabité en équilibre pendant des dizaines de milliers d’années, l’époque moderne a brisé ce statu quo.

Mais tout n’est pas perdu, aujourd’hui, le Parc National d’Ifrane concentre la majeure partie des recherches, non plus pour déterrer des fossiles, mais pour mener des études comportementales et de préservation. Des équipes internationales s’y relaient pour cartographier les populations de macaques survivantes afin de les protéger du braconnage et de la déforestation.

FIN

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