Un « monstre marin » photographié en 1936

Cette photo illustrait un article de journal publié en 1936

Cette histoire est avant tout celle de Monsieur Laurent Pelletier, telle qu’elle est relatée dans cet article de l ‘Ouest-éclair dimanche paru le 13 décembre 1936.

Cet ingénieur du service des ponts et chaussées quitte la France quelques années plus tôt pour Saïgon. Là-bas, il gère plusieurs plantations, en plus de son travail pour l’administration coloniale . Monsieur Pelletier ne peut pas rentrer en France chaque année, c’est trop loin, mais désormais, il y a cette compagnie aérienne, nouvellement crée, Air France, qui propose une liaison aérienne. Il fait vite le calcul, ces innombrables sauts de puces dans les airs (le nombre d’escales est indécent), lui font tout de même gagner…3 semaines par rapport à un trajet maritime !

Ce premier octobre 1936, le chemin est encore long depuis la France, lorsqu’il prend place dans ce petit avion qui décolle de la modeste piste de la ville de Djask , dans ce qui est aujourd’hui l ‘Iran. Dans l ‘aéronefs, il y a deux autres passagers, et il y a les deux membres d’équipage. 5 personnes au total. Le cockpit est très proche, et il n ‘est pas séparé du reste de l ‘avion. Laurent Pelletier suit avec attention les manœuvres effectuées par les pilotes, puis il plonge ses yeux vers les paysage somptueux offerts par son hublot.

Le trajet va être long et ennuyeux songe t-il, puis il aperçoit Ormuz qui se profile. Cette île, était déjà un pôle de commerce important il y a 500 ans, et elle abrite de nombreux vestiges historiques. Ne voulant pas rater l’occasion de prendre un cliché de ces ruines, il fouille dans quelque carton suspendu au dessus de son siège par un filet, et se saisit de son appareil photographique. Car monsieur Pelletier, on peut lui rendre une grâce infinie pour ça, est un passionné de photo. Pour preuve, au terme de son périple, il aura impressionné une quarantaine de pellicules !

L’avion survole maintenant l’île d’Ormuz et Monsieur Pelletier est captivé par cette côte d’un ocre vif, parsemée de nervures blanches, ces amas de sel gemme au creux des ravins. L’œil dans le viseur de l ‘appareil, la main droite sur la bague de mise au point, Monsieur Pelletier s’apprête à immortaliser ce moment. Mais quelque chose l ‘arrête, et l ‘interpelle. Laissons le maintenant nous raconter son observation avec ses propres mots :

 » C’est alors qu’il se produisit l ‘évènement le plus exceptionnel auquel il me soit donné d’assister pendant toute mon existence !

Je le vis d’abord, assez loin de a côte – à une distance que je ne pus apprécier- un long bouillonnement d’écume, étonnant au milieu ce calme plat. Ce remous se déplaçait d’Ouest en est, en décrivant un large arc de cercle.

Mon Contax toujours en main, je suivais des yeux cette courbe inexplicable. Lorsqu’à une certaine distance d’elle, je vis filer puis disparaitre une forme sombre, très longue onduleuse, quelque chose qui se mouvait…en serpentant, quelque chose de beaucoup plus énorme que les plus gros cétacés que l ‘on peut rencontrer dans le golfe persique et en mer d’Oman.

A cette distance, une apparence aussi démesurée témoignait d’une réalité monstrueuse !

Personne dans l ‘avion ne faisait attention à moi ou à ce que je regardais..(…)…je ne voulais pas cesser de fixer la mer où paraissait toujours ce remous blanc. Même, j ‘étais prêt à déclencher mon objectif et j ‘attendais passionnément que le phénomène se reproduisit.

Mon espoir ne fut pas vain…pour la seconde fois je vis sortir du bouillonnement une sorte de serpent, cette fois très noir, quoique immergé. Vous savez que depuis un avion on distingue parfaitement ce qui échappe à l ‘observation ordinaire, jusqu’à plusieurs dizaines de mètres sous la surface de la mer. La bête fut bientôt visible entièrement, Je pris rapidement deux photos.

Je distinguais un petit renflement, la tête sans doute, un cou très long, puis un anneau plus ventru -exactement comme ces photos de boa digérant un mouton- enfin une queue très longue, beaucoup plus longue que le cou, presque égale même à la longueur de celui-ci plus ce que j ‘appelle le ventre. Je ne peux pas dire si les ondulations de la marche étaient horizontales ou verticales, à cause de l ‘acuité de mon angle visuel, mais le monstre progressait à coup sur par ondulations.

Un petit filet d’écume suivit un instant l ‘extrémité antérieur, sans doute la bête sortit-elle à ce moment là la tête de l’eau. »

L’article intitulé  » Des nouvelles du serpent de mer » est issu des archives de la Bibliothèque Nationale de France, que nous remercions car il a été aimablement numérisé à notre demande. Il est désormais consultable librement ici.

Monsieur Pelletier en est persuadé ce qu’il a vu est le même type de créature que le monstre du Lochness, ( né à peine 3 ans avant) auquel jusque là il ne croyait guère. D’après le journal, monsieur Pelletier a fourni la photographie originale que les techniciens et les photographes ont méticuleusement inspectée et qu’ils ont agrandie. Ils sont formels, il n ‘y a aucune trace de supercherie ou de trucage. Cette photographie est réelle. L’interprétation qui en est faite elle, est forcément sujette à discussion, mais il est étonnant que ce document soit resté totalement inaperçu pendant près d’ un siècle.

Car, on peut le convenir, les photos supposées de monstres marins, sont très très rares. Celle-ci est loin d’être anonyme, et accompagnée d’un témoignage apporté par quelqu’un de curieux et éduqué. Il y a même une certaine précision apportée quant à la localisation du lieu de la prise de vue : 56 degrés de longitude est, 27 degrés de latitude nord.

La seul trace que j ‘ai trouvée, postérieure à la publication de 1936, est dans un article sur les apparitions de serpents de mer paru dans la revue Indochine, en 1943. L’observation de monsieur Pelletier est baptisée « Le serpent de mer de l ‘avion d’Air France ». Ensuite, il semble que le monstre marin d’Ormuz a complétement disparu des radars.

Idéalement, il faudrait retrouver la pellicule originale, car elle n ‘est pas restée à priori la propriété du journal mais celle de Monsieur Pelletier.

Une affaire, encore une fois, à suivre…

5 commentaires

  1. Très troublant, merci ! Il serait intéressant de savoir le modèle donc la taille de l’avion (pas très grand a priori, peut-être guère plus d’une dizaine de mètres d’envergure). D’après son ombre, cela permettrait d’avoir une idée de la longueur de la créature ou apparition. L’heure précise serait utile pour savoir la hauteur du soleil et donc l’angle par rapport à la surface de la mer. Il faudrait encore, si possible, la focale (ça doit pouvoir se trouver à partir du modèle d’appareil) et bien sûr la prise de vue en entier.
    Un détail pour la précision : c’était déjà l’Iran, plus la Perse, depuis l’année précédente.

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    1. Merci Jean, en effet il y a une absence de point de repère autre que l’avion. hélas je ne vois pas comment obtenir ces informations, même si on arrive à retrouver les descendants de M. Pelletier. Par contre la prise de vue en entier, si elle contient des éléments de la côte par exemple pourrait être décisive. Je ne peux m ’empêcher de penser que l’ombre de l ‘avion semble idéalement placée, un peu trop peut-être. Arriver à obtenir dans le cadre l ‘ombre de l ‘avion et un monstre marin c’est un hasard très heureux. Les techniciens du service photo du journal ont ils pu manipuler eux même le cliché ? Bref prendre comme repère l’avion me semble assez aléatoire même si c’est tout ce qu’on a. Je ne suis pas parvenu à identifier à ce stade le modèle précis ur la photo de l ‘article j’ai mis un Latécoère 28 en illustration mais je pense comme vous qu’en réalité ils s’agissait d’un aéronef de taille plus modeste.

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